vendredi 18 novembre 2011

Les sans-papiers ont faim de droits! Cacerolazo pour la régularisation collective de tou.te.s les sans-papiers !

Samedi 19 novembre 2011 à 14h devant le Temple (Rue de Romont) à Fribourg 

Les lois créent les sans-papiers
Les frontières européennes ont été fermées à toute personne non-européenne. Mais tant que des guerres impérialistes et des relations étatiques d’ordre postcolonial continueront de créer de la violence, de la faim et de la misère, des hommes et des femmes migreront. Pour eux, le fait de quitter leur famille, leur terre et leur culture n’est pas un choix, mais une obligation. La Suisse, par ses intrigues politico-économiques, porte aussi la responsabilité de cette situation. Pour des ressortissants non européens, il est presque impossible de s’établir en Suisse ; la loi sur les étrangers leur interdit l’immigration légale : la seule option pour obtenir un permis de séjour stable est de déposer une demande d’asile mais pour la plupart, l’espoir d’obtenir l'asile s’évanouit au cours d’un long processus de souffrance et d’arbitraire. Interdiction de travailler, discriminations racistes, assignation dans des camps semi-fermés dit d’aide d’urgence, peines de prison fermes et finalement déportation : Autant de chemins qui poussent et/ou maintiennent les étrangers dans l’illégalité.
Libre circulation globale et de véritables protections sociales pour tou.te.s !
Les sans-papiers du CAFri dénoncent les accords de Schengen/Dublin et la dite libre circulation des personnes intra-européenne. Ce régime migratoire est fondé sur la préférence nationale et européenne à l'embauche. Il provoque la mise en concurrence brutale de tou.te.s les travailleurs/-euses entre eux/elles quelques soient leurs origines nationales, la précarisation accrue des contrats de travail, la sous-enchère salariale et la détérioration des conditions de travail. A ce régime discriminatoire et arbitraire, les sans-papiers de CAFri opposent la lutte pour la régularisation collective de tou.te.s les sans-papiers et pour l’amélioration des conditions de travail et d’existence de tou.te.s les travailleurs/-euses (protection effective contre les licenciements, extension des conventions collectives, salaire minimum légal, renforcement des droits syndicaux, etc.)

Régularisation collective des sans-papiers ! 
Le 30 septembre 2011, les sans-papiers du Collectif Autonome des Immigré.e.s de Fribourg (CAFri) ont déposé une demande régularisation collective devant les autorités fédérales. Cette demande collective comprend des personnes illégalisées aussi bien par la Loi sur l'asile que par la Loi sur les étrangers.  

N’oubliez pas d’amener vos vieilles casseroles 
La cacerolazo est une forme de manifestation pour laquelle tout.e.s les  participant.e.s amènent leurs casseroles et autres ustensiles de cuisine, afin de faire du bruit! La Cacerolazo est devenue connue lors des manifestations en Argentine en 2001.

lundi 7 novembre 2011

lettre à Pierre Imhof, directeur de l'EVAM

Monsieur,

c’est avec consternation que nous avons lu dans la presse (24Heures du 7.10.11) votre menace de fermer le centre EVAM de Vennes pendant la journée et de le transformer en sleep-in, jetant ainsi des dizaines de personnes à la rue. Cette mesure ne pourra pas être appliquée sans violer, à nouveau et un peu plus profondément, les droits fondamentaux de toutes les personnes.

Dans la continuité des différentes critiques que nous vous avons adressées concernant la dégradation des conditions de vie et l'atteinte à la dignité des requérant-e-s d'asile dans le cadre de leur « prise en charge » par l’EVAM dans le canton de Vaud, nous vous interpellons aujourd'hui sur cette « proposition » que vous avez lancée dans les médias et qui reflète une fois de plus le mépris des gens qui subissent l'aide d'urgence et la banalisation de leur traitement inhumain.

Vous justifiez ce « projet » (sur lequel nous n'avons par ailleurs jamais été informé) en vous basant sur le nombre de « délits » commis par les résidents de Vennes, surtout en ce qui concerne le trafic de drogue, et ce suite à la descente de 148 policiers vaudois du 4 octobre 2011. Or, vous savez aussi bien que nous qu’en sanctionnant ainsi une minorité - par une double peine, car il existe une instance judiciaire chargée d'appliquer la Loi sur les stupéfiants - vous pénalisez gravement tous les requérants, en les exposant à l’errance et en les privant d’un minimum d’accueil auquel ils ont droit. Vous savez aussi que la petite délinquance dont vous accusez certains résidents de Vennes n’est qu’une conséquence de la misère dans laquelle cette population a été plongée. Et vous n’êtes pas sans savoir que des réseaux de trafiquants en tous genres profitent pour s’infiltrer parmi les requérants, entre autres à Vennes, et recruter ainsi des êtres humains à exploiter.

De plus, avez-vous réfléchi aux conséquences d'une telle mise à la rue? Contraindre les personnes à l'errance en ville est une manière de renforcer leur marginalisation ainsi que leur criminalisation. Elles se trouveraient non seulement tout autant voire plus exposées aux réseaux de trafic que vous-même signalez, mais seraient par ailleurs la cible des incessants contrôles policiers au faciès que vivent déjà les requérant-e-s. Ainsi on se débarrasse des gens parce qu'ils seraient délinquants, sachant que si délinquance il y a elle est le produit d'une condition sociale ultra précaire, et comme « solution » on précarise encore cette condition. Il est évident que cette logique va droit dans le mur et que surtout sa conséquence est une atteinte toujours plus grande aux droits des migrant-e-s. Nous vous rappelons qu’il est de votre responsabilité de protéger les personnes à l’aide d’urgence dans les centres gérés par l’EVAM, non d'accroître sans cesse la contrainte pesant sur elles et de les mettre encore plus en danger.

Pour toutes ces raisons basées sur le respect des droits fondamentaux de toute personne et dans le souci de voir l’administration traiter les êtres humains dont elle a la responsabilité en êtres humains, nous nous opposons fermement à la transformation du centre de Vennes en sleep-in et à toute autre forme de durcissement ultérieur de l’application de l’aide d’urgence. Nous estimons au contraire que le centre de Vennes devrait fermer et les personnes être relogées dans des conditions de logement et d’assistance dignes. Notre démarche fait écho aux discussions que nous avons eues avec de nombreux requérants de Vennes qui vivent dans l’angoisse de la mise en pratique de votre menace. Nous vous demandons donc de bien vouloir clarifier votre intention de fermeture diurne du centre de Vennes, en divulguant des informations aux personnes et associations concernées et non seulement aux médias.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous adressons, Monsieur, nos salutations,


Collectif Droit de rester et  Coordination Asile-Migration,
4 novembre 2011

vendredi 4 novembre 2011

15 ans ans passés en Suisse, ce n’est pas une preuve d’intégration suffisante ?

L'article 14 de la Loi fédérale sur l’Asile permet la régularisation des personnes qui sont en Suisse depuis au moins 5 ans, dont le lieu de séjour a toujours été connu des autorités, et dont la situation constitue un cas de rigueur grave en raison de leur intégration poussée. Or, cette loi est interprêtée de manière trop restrictive… La preuve avec le cas de Fatmir K.

D’origine albanaise, en Suisse depuis 1996… soit depuis 15 ans, Fatmir K. a pourtant fait tous les efforts possibles pour s’intégrer et parvenir au plus vite à fonctionner de manière autonome. Il a appris ainsi rapidement le français, suivi différentes formations proposées par l’EVAM, et a travaillé successivement dans l’agriculture, comme traducteur, puis pour une entreprise de transports. Un grave accident de travail en 2005 l’a forcé cependant à cesser de travailler pour une longue période.
Malgré un séjour de plus de 10 ans en Suisse, une demande de régularisation de sa situation a été rejetée en 2007. A ce jour, M. K. est frappé d’une interdiction de travailler. Séjournant depuis 15 ans en Suisse, il est fortement affecté par la perpétuelle incertitude quant à son avenir, la menace quotidienne d’une arrestation et d’un renvoi, l’impossibilité de se sentir utile à la société et autonome ainsi que par la peur que sa situation ne se stabilise jamais. Malgré cela, il continue à travailler au sein des programmes d’occupation de l’EVAM dès qu’il en a l’occasion.

Aujourd’hui, Fatmir K. est menacé d’expulsion par le SPOP. Les pressions qui lui sont faites sont intolérables, mais sont malheureusement fréquemment subies par les requérant-e-s d’asile débouté-e-s qui vivent dans l'angoisse constante de leur renvoi. Pour justifier le refus de régulariser M. K., le service de la population met en avant son « passé pénal » : en l’occurrence, en 2003 Fatmir a été contrôlé en possession d’un unique faux billet de 200 francs, remis à son insu par une connaissance, ce qui lui a valu une amende de 1'500 francs. Voilà donc ce qu’est un « cas pénal » ! Cet épisode suffit à réduire à néant 15 années passées en Suisse, la maitrise de la langue et la volonté manifeste d’être autonome. Mais jusqu'à quand Fatmir K. devra-t-il payer pour cet incident de parcours ?

Le cas de M. K. n’est de loin pas isolé : nous avons remis une liste de 37 noms à Philippe Leuba en juin 2011. Aucune de ces personnes n’est à ce jour régularisées alors que toutes répondent aux critères fixés par la LAsi.

Nous  considérons que l’installation  durable  (cinq  ans)  sur  le  sol  vaudois  constitue  en  soi  un  cas  de rigueur justifiant l’octroi d’une autorisation de séjour. Nous estimons qu’une telle durée  implique  de fait une  intégration poussée  de par  les  travaux,  liens, réseaux, famille, services, échanges et autres apports que les personnes déboutées de  l’asile  créent  dans  notre  canton.  A  partir  du  moment  où  ces  personnes séjournent  depuis  si  longtemps  dans  le  canton,  un  renvoi  forcé  constitue  une atteinte à leur intégrité et à leur vie privée et familiale. Il faut dès lors mettre en place les conditions favorables à leur intégration complète en leur délivrant un permis de séjour.
Nous demandons la régularisation immédiate de Fatmir K., ainsi que des 36 autres personnes dont les noms figurent sur la demande de régularisation déposée le 21 juin 2011.


Lausanne, le 3.11.11

- voir l'article dans Le Courrier, 4.11.11

mardi 11 octobre 2011

Vol spécial, le film qui dérange - bis


Vol spécial, le film de Fernand Melgar qui montre les conditions de détention dans une prison spéciale pour requérants d’asile déboutés et sans-papiers en attente de leur expulsion, dérange et déclenche une campagne nauséabonde qui vise à occulter le véritable débat suscité par le film.

La première étape de cette escalade est franchie par Le Matin, dimanche 2 octobre 2011, au mépris du droit de la personnalité et de la Loi sur la protection des données. D’autres médias ont repris sans scrupules ces informations et donné la parole à Philippe Leuba. Au lieu de garder la discrétion à laquelle on est en droit de s’attendre de la part d’un magistrat, Philippe Leuba a surenchéri en justifiant les vols spéciaux et en questionnant l’objectivité du film. Le Conseiller d’Etat n’aurait-il pas mieux fait de s’interroger sur la violation du secret de fonction ? Qui d’autre que des fonctionnaires de son Département aurait en effet pu dévoiler ces informations ?

Mardi 4 octobre, 148 policiers de Lausanne munis de gilets pare-balles font une descente au centre EVAM de Vennes. La descente du siècle, comme le titrent les journaux. Coïncidence ou moyen facile de continuer l’escalade de la criminalisation des requérants d’asile ? Et pourtant, personne ne traverse la Méditerranée en risquant sa vie pour vendre des boulettes de coke à Chauderon. Ce sont les conditions de survie dans lesquelles les maintient l’Etat qui poussent certaines personnes à franchir les frontières de la petite criminalité. Tout le monde le sait, y compris les dirigeants de l’EVAM et M. Leuba, mais c’est tellement plus facile d’accuser les migrant-e-s que de se poser des questions sur le système de l’asile en Suisse ! En publiant les résultats de cette descente, on renforce une fois de plus l’amalgame entre requérants et criminels.
Or, c’est précisément ce que recherchent les autorités pour justifier des mesures toujours plus restrictives contre les migrant-es. En ce sens, la réaction de l’EVAM en dit long puisque Pierre Imhof parle de dégrader encore plus les conditions qui leur sont faites (cf 24Heures du 6.10.11). On renforce ainsi une propagande raciste et xénophobe qui devient de plus en plus acceptable pour tout le monde.
Désormais, la polémique se centre sur la projection de Vol spécial dans les classes vaudoises. Un député UDC a demandé de censurer le film. Nous espérons que la socialiste Anne-Catherine Lyon ne cautionnera pas cette mesure de censure, ce qui légitimerait les attaques contre les requérants d’asile.

Nous aimerions revenir sur ce qui est essentiel mais reste occulté par la polémique actuelle à savoir la violation continuelle des droits fondamentaux des requérants d’asile, qui sont avant tout des êtres humains. Parmi ces droits, le droit à la protection de la personnalité et le droit à la dignité. Mais qui protège leurs droits ?

Par conséquent, nous demandons :
-                     la fin du régime de l’aide d’urgence, source de pauvreté et de criminalisation, la fermeture des centres EVAM de Vennes et des abris PC ; le retour pour tou-te-s au système de l’aide sociale, le droit au travail et au logement
-                     l’arrêt des vols spéciaux,
-                     la fin de la double peine (renvoi forcé s’ajoutant à une condamnation pénale).
D’autre part, nous demandons aux autorités cantonales l’ouverture d’une enquête interne sur la divulgation des informations confidentielles concernant une des personnes apparaissant dans le film Vol spécial. Nous ne tolérons pas la divulgation de données personnelles.
Nous appelons également les médias à cesser d’entrer dans la surenchère populiste et à faire un véritable travail de journalistes. Les thématiques migratoires sont trop sérieuses pour qu’on les aborde de manière si légère, d’autant plus en période électorale.
Lausanne, 11 octobre 2011

lundi 10 octobre 2011

« VOL SPECIAL », LE FILM QUI DERANGE


Vol spécial, le film de Fernand Melgar qui montre les conditions de détention dans une prison spéciale pour requérants d’asile en attente de leur expulsion, dérange.
Après la polémique née à Locarno, voilà que M. Leuba, chef du département concerné par le dossier de l’asile dans le canton de Vaud, profite d’informations publiées dans la presse du dimanche pour attaquer le film (voir 24 Heures du 3 octobre 2011) en espérant tuer ainsi l’émotion suscitée par le film parmi la population.

L’exercice est facile, on s’appuie sur le passé pénal d’une des personnes vues dans le film, on remet à la une la criminalisation des requérants d’asile, on donne des chiffres et on légitime ainsi leur enfermement, leur renvoi forcé, les conditions inhumaines et contraires aux droits humains dans lesquelles ils sont mis.

Or, cette démarche devrait nous interpeller.
Qui a donné à la presse les informations confidentielles et en partie mensongères sur des dossiers ? Nous ne pouvons pas préjuger de l’identité des auteurs mais nous nous demandons qui d’autres que des fonctionnaires du département de M. Leuba pouvaient donner ce genre d’information. C’est visiblement une violation du secret de fonction, du droit de la personnalité et de la Loi sur la protection des données. Au lieu de dénoncer cette publication, avec identité et photo, M. Leuba en profite pour défendre sa politique des renvois.

Vol spécial n’a rien caché, il a braqué les caméras sur une réalité qu’on voulait dans l’ombre. Dans le film, les détenus sont tous dans la même situation, ceux qui ont des dossiers pénaux et ceux qui n’en ont pas. Le traitement qu’ils subissent est d’ailleurs le même.
Ce n’est pas le parcours du requérant débouté qui est en cause mais la façon dont le canton se libère de ceux qu’il ne veut pas. M. Leuba refuse une réflexion sérieuse et urgente sur le sort des requérants d’asile en Suisse.

Nous dénonçons :
1)     le non respect des droits des personnes à la confidentialité de leur dossier,
2)     L’amalgame classique de criminels et requérants d’asile.
3)     La tentative de diminuer l’impact du film consacré à une réalité méconnue qui touche de nombreuses personnes dont on ne parle jamais.

Nous demandons à M. Leuba, qui est très respectueux du droit, une enquête sur la source des informations reçues par la presse et la dénonciation de ses auteurs pour violation du droit de la personnalité, de la Loi sur la protection des données et du secret de fonction.

Nous soutenons la pétition pour la fermeture des centres de détentions et la suppression des vols spéciaux  http://www.stop-vols-speciaux.ch

Lausanne, 6 octobre 2011

lundi 3 octobre 2011

Ouverture d'un abri PC au Mont: une « mauvaise nouvelle » selon Leuba, mais pour qui?

Le 29 juin dernier, un petit groupe du collectif Droit de rester, membre de la Coordination Asile-migration Vaud, s'est rendu à la séance de l'information de l'Evam concernant l'ouverture d'un  nouvel abri PC qui va « accueillir » 60 requérants d'asile (hommes seuls) dont une majorité (?) de  déboutés. Nous y sommes allées pour marquer notre présence, faire entendre notre voix et aussi  observer les autorités dans ce type d'exercice. Ce fut en effet assez instructif, mais pas tout à fait  comme nous l'avions imaginé. Chronique:

« Bonsoir Mesdames et Messieurs, ce soir nous sommes réunis pour parler du problème des requérants d'asile ». C'est ainsi que le syndic de la commune du Mont, M. Daniel Grosclaude, a ouvert la soirée de manière fort attrayante. D'entrée, si vous n'aviez pas vraiment d'avis sur la question, vous êtes déjà « informé » qu'il s'agit d'un « problème » et que celui-ci est le fait « des requérants ». A suivi une présentation par M. Pascal Rochat de l'Evam du « plan d'exploitation » de l'abri, qui commence par donner aux citoyen-ne-s du Mont l'assurance de leur entière protection grâce à des mesures de surveillance, de restriction d'accès des requérant-e-s à l'abri de jour, de sa fermeture (par les grilles à l'extérieur) la nuit, et surtout par une subtile organisation-horaire qui permet d'éviter tout contact avec les enfants de l'école voisine. Si l'on était par hasard venu sans opinion particulière sur le fait que des élèves allaient croiser des personnes migrantes (fait assez banal somme toute dans la région lausannoise et parmi ces élèves certain-e-s sont peut-être aussi migrant-e-s...), force est de réviser rapidement son jugement et se dire qu'au fond, c'est vrai, si on y réfléchit bien, c'est assez angoissant. A force d'insister, dès le départ, sur la protection des citoyens, la surveillance et le cantonnement des requérants, les autorités plantent en effet le théâtre de la menace. La présentation se veut rassurante, et continue en annonçant l'existence d'un groupe de contact de l'abri, d'un groupe de suivi de l'abri, ainsi que de la coordination de l'Evam avec la gendarmerie, dont le responsable est présent et se veut lui aussi très très rassurant. Il affirme même que dans l'abri de la Côte il ne se passe rien. Ouf! 
S'ouvre ensuite une série de questions dans la salle. La première s'enquiert de la possibilité d'autres lieux pour loger les requérant-e-s, étant donné que cet abri doit être provisoire. Philippe Leuba abonde alors dans le sens de la question, en confirmant qu'il s'agit bien d'une structure temporaire, que le cantons a plusieurs projets de construction de structures « hors-sol » pour y déplacer les requérants et que surtout le canton compte avec le soutien de la Confédération, qui tarde à venir s'impatiente M. Leuba, en vue de l'ouverture  de 300 places dans des cantonnements militaires. De plus, l'autre solution est très simple: l'accélération des procédures d'asile devrait permettre de réduire toujours plus le temps d'attente et donc de limiter le besoin de logement. Enfin, encore plus efficaces, des expulsions plus rapides devraient aussi réduire ces fâcheux problèmes d'hébergement. Philippe Leuba a d'ailleurs rappelé à ce propos que le canton de Vaud est celui qui expulse le plus de personnes ayant été condamnées pénalement, triste performance qu'il a brandit 3 fois durant la séance, espérant ainsi rasséréner son auditoire. Deuxième question: pourquoi met-on les requérants dans les agglomérations urbaines et non dans des baraquements à la campagne et à la montagne? Une question qui semble avoir particulièrement plu à M. Leuba qui s'empresse de répondre: « nous en avons aussi au fin fond du Valais !» », et de nous faire ensuite un exposé sur l'équilibre et la proportionnalité acceptable entre requérants et population locale et donc l'impossibilité de mettre  « ces gens » dans un petit village, la proportion se rapprochant affreusement du 1 pour 1! Il est donc pour ainsi dire mathématiquement juste de « répartir de manière équitable » le poids, le fardeau, bref le problème entres les régions, villes et villages. Une personne qui serait entrée dans la salle à ce moment aurait pu croire à une discussion sur la répartition et la gestion des déchets nucléaires.
Deux questions ont suivi sur la sécurité des enfants (après l'introduction sur l'école, il fallait s'y attendre). Là M. Leuba s'est fait très très compréhensif. Lorsqu'une lorsqu'une mère a manifesté sa crainte pour ses petites filles, surtout lorsque « ces gens » iraient fumer dehors la nuit, le conseiller d'Etat, touché, s'est presque confondu en excuses de devoir, malgré lui, ouvrir cet abri, ce qui, il le reconnaît, est une très mauvaise nouvelle pour la population. Il est désolé. Les cantons n'ont pas le choix. N'ont pas manqué enfin deux questions sur le trafic de drogue et la nationalité nigériane d'une partie des requérants du futur abri, mais là les réponses sont bien rodées: l'Evam ne tolère pas les stupéfiants et le canton expulse à tour de bras. Re-ouf!
Donc jusque là, tout allait bien pour Messieurs Imhof, Rochat et Leuba. Puis, après ces quelques premières questions brossant dans le sens du poil la machine politique de l'éloignement des migrant-e-s, sont venues d'autres questions moins ronronnantes. Une femme veut savoir ce qu'il advient des personnes après qu'on les ait renvoyées et si elles vont en prison dans leur pays? Mais enfin Madame, quelle drôle de question! Se préoccuper des personnes! Néanmoins, conciliant et très à l'écoute, M. Leuba l'a aussi rassurée en souriant: « non, non, Madame, ne vous en faites pas, ils ne vont pas en prison, ils rentrent simplement chez eux! ». Re-re Ouf! Mais d'autres interventions (de femmes toujours) se font plus insistantes, en revenant sur cette histoire de personnes. L'une d'entre elles rappelle que la mauvaise nouvelle c'est que si des personnes demandent l'asile c'est parce que des êtres humains sont persécutés et doivent fuir leur pays, et que donc l'attitude logique est de les accueillir plutôt que de se barricader dans la peur. Applaudissement dans la salle! Le trio à la table esquisse un sourire forcé. Plusieurs autres interventions suivent, toutes dans le même sens, pour rappeler que les requérant-e-s sont des personnes comme nous, sauf qu'ils ont dû quitter leur pays. Une assistante sociale, une enseignante, une pasteure parlent à tour de rôle de leur expérience positive avec les migrant-e-s, tordant le coup aux préjugés, et demandent à la commune d'organiser des rencontres et des activités avec les requérants de l'abri qui va s'ouvrir.
Le sourire du trio à table est de plus en plus figé. Il est évident qu'ils n'ont pas anticipé ce type de questions. Lorsqu'un ancien requérant d'asile prend la parole pour parler de son parcours, de sa situation et qu'il ose démonter l'affirmation de M. Leuba sur le fait que la « grande majorité » des requérant-e-s ne sont que des « réfugiés économiques », le trio ne sourit plus. Il deviendra finalement carrément hostile lorsque nous prenons la parole en tant que membres de la Coordination asile-migration Vaud pour dénoncer la politique de criminalisation et de mise à l'écart des personnes migrantes. Le masque est tombé!
Cette petite incursion en terrain communal de la périphérie lausannoise nous aura fourni un exemple très parlant de la manière dont les autorités façonnent dans la tête des gens « le problème de l'asile ». On aura pu constater de manière très concrète comment le racisme institutionnel tente de s'implanter dans les modes de vie et les opinions des gens. Et nous aurons pu découvrir qu'une majorité de personnes ne marchaient pas dans la combine. Le message de haine que M. Leuba était venu proférer n'a pas (encore, ici) trouvé de terreau très fertile. Mais il s'y attèle, c'est certain.
Progressivement, les stades de tolérance de l'intolérable sont ainsi franchis, comme la justification de l'éloignement et de l'enfermement d'être humains dans des baraquements militaires en montagne (partie du projet de la Conseillère fédérale Sommaruga), que M. Leuba n'a pas seulement évoqué mais vanté. Tout devient ainsi normal: les renvois, la détention, les conditions inhumaines de subsistance, les situations administratives humiliantes et harassantes, le contrôle, la suspicion, l'enfermement, la surveillance, etc. Et c'est précisément lors de séance de désinformation comme celle à laquelle nous avons assisté, faite d'amoncellement de préjugés, que l'intolérable finit par être « accepté » par la population. Alors l'Etat peut affirmer que c'est pour contrer la peur, la xénophobie et l'UDC qu'il faut voter des lois de plus en plus restrictives, des lois désormais contre l'asile et surtout contre les migrant-e-s.

Lausanne, le 4 juillet 2011
ce texte est paru dans Le Courrier le 27 juillet 2011

dimanche 2 octobre 2011

Stop Vols spéciaux

La pratique d’enfermer des requérant-e-s d’asile et des personnes sans-papiers dans des centres de détention administrative ainsi que le recours au renvoi forcé par vol spécial ne sont pas acceptables du point de vue des droits humains fondamentaux.
Une pétition électronique a été lancée le 1er octobre 2011 pour exiger :

- L’arrêt des vols spéciaux

- La fermeture de Frambois et des centres de détention administrative similaires

Une large réaction citoyenne est nécessaire pour stopper cette politique inhumaine !

SIGNEZ LA PETITION ! -> http://www.stop-vols-speciaux.ch