jeudi 17 octobre 2019

Le quotidien à l'aide d'urgence

Témoignage, Monsieur K.

Il y a un mois, je me suis fait voler mon téléphone portable dans un magasin. Je suis allé à la police pour déposer une plainte. Comme j’ai l’aide d’urgence (papier blanc), la police m’a retenu durant 3 heures. On m’a contrôlé, pris les empreintes et on m'a dit de quitter la Suisse dans les dix prochains jours. Un policier m'a dit que si il me voyait encore une fois, il me contrôlerait, et me mettrait en prison pour me renvoyer. Pour cette raison j’ai peur aller à Lausanne.

Peu après, fin septembre, j'étais à la gare de Lausanne. J'ai eu un contrôle d'identité, mais aussi on m'a fouillé complètement, j'ai dû me déshabiller. La police a dit: "si on t'rattrape encore une fois, on te met en détention en prison, parce que tu es à l’aide d’urgence (papier blanc). Tu séjournes illégalement en Suisse!"  Maintenant je ne vais plus à Lausanne gare. Si j'ai rendez-vous à Lausanne, je prends le bus depuis Bussigny ou Renens. 


jeudi 3 octobre 2019

Pour la régularisation de travailleuses et travailleurs sans-papiers

  • La pétition pour la régularisation des travailleuses et travailleurs sans-papiers dans le canton de Vaud est en ligne! A signer de toute urgence ici! https://www.papyrus-vaud.ch/

mardi 1 octobre 2019

la grogne à l'EVAM



Une réaction suite à l'article paru dans le journal 24 Heures du 7-8 septembre 2019, "Mis sur la sellette, des cadres de l'Evam dénoncent leur direction"*

Toute notre sympathie à ces courageu-s-es chef-fe-s anonymes, contraint-e-s «  du jour au lendemain » de « repostuler » à une autre fonction « sans aucune garantie d’embauche ». « Sinistre jeu de chaises musicales », quand on est responsable de l’accueil de réfugié-e-s contraint-e-s de quitter leur foyer du jour au lendemain, sans aucune garantie de ne pas mourir noyé-e-s en Méditerranée.

Ces cadres de l’EVAM n’auront pas la lâcheté d’Amanil, 22 mois, qui, il y a une année au foyer EVAM d’Ecublens, s’est révélé incapable d’articuler le moindre mot cohérent aux policiers qui l’arrachaient aux bras de sa mère enchainée, pour les expulser. Face à l’injustice, ces chef-fe-s parleront, car la « violence institutionnelle » qui les frappe est « inouïe ». Amanil et les réfugié-e-s mineur-e-s, gardé-e-s par des agents de sécurité armés de gants de frappe et de spray au poivre, ne subissent, en effet, que des violences institutionnelles banales.

Ce qui n’est pas normal, c’est d’avoir pris soin durant des années de gérer les mirgant-e-s comme un stock de marchandises sans, y mettre la moindre humanité, de les avoir déplacé-e-s au quatre coins du canton sans leur demander leur avis - c’est la loi - et de se retrouver aujourd’hui à risquer « une évolution professionnelle », voir « des mesures d’accompagnement ». Sans même avoir pu voter.

Le pire, c’est le « flou », le « couperet » prêt à tomber. Les requérant-e-s d’asile qui se plaignent d’attendre de longs mois une réponse à une question de vie ou de mort feraient bien de s’inspirer du stoïcisme de ces chef-fe-s. Leur lutte promet d’être belle mais rude. Réputé de longue date pour ses décisions administratives incompréhensibles, l’EVAM est passé maître en « problème de transparence ».

Et ce n’est même pas une question d’argent. L’EVAM a déjà gaspillé des fortunes pour pourrir la vie des réfugi-é-s à l’aide d’’urgence et continuera à le faire. Pour ses cadres « sur le balan », c’est cependant encore pire : être sacrifié-e-s sur l’autel des coupes budgétaires, ça aurait une certaine noblesse, elles et ils n’auraient rien dit. Mais maltraiter ainsi, gratuitement, leur petite personne impose la prise de parole. Que ces cadres organisent quotidiennement  la « maltraitance » institutionnelle, d’un degré infiniment plus grave, infligée aux migrant-e-s ”accueilli-e-s” par l’EVAM, n’y change rien !

Nous encourageons donc la direction de l’EVAM et les chef-e-s rebelles à continuer chacun leur héroïque combat respectif. Perdez-y autant de temps que possible à cette « nouvelle organisation ». Peut-être laisserez-vous ainsi tout-e-s les réfugié-e-s vivre enfin en paix dans le canton de Vaud.

Droit de Rester, Lausanne


* l'article en question peut être lu sur le site du journal:

jeudi 5 septembre 2019

Les Érythréens dans l’étau




29 août 2019             
« J’ai déposé une demande d’asile en Suisse en novembre 2014 après avoir été autorisé par le SEM à venir, muni d’un visa humanitaire, depuis l’Israël. C’est ma sœur et mon frère réfugiés en Suisse qui avaient fait les démarches.
Je suis né en Érythrée. Je suis marié depuis avril 2001 et père de deux enfants. J’avais suivi l’école technique pendant trois ans puis j’ai reçu une formation militaire. J’ai été soldat de 2006 à juin 2010, au 27ème régiment.
En décembre 2002, j’avais fui mon pays une première fois. J’ai été attrapé par la police à Djibouti presque immédiatement, enfermé pendant trois jours et refoulé en Érythrée, à Assab. Là, j’ai été remis à la marine érythréenne. Ils m’ont enfermé et frappé à la tête et aux oreilles. Depuis, je souffre de surdité et de douleurs à la tête. J’ai été détenu pendant trois ans puis renvoyé dans mon unité. Là, j’ai été forcé de travailler dans les champs. Je n’étais pas autorisé à voir ma famille. J’ai quitté le pays le 8 juin 2010 par la frontière éthiopienne, à pieds. Entre septembre 2010 et novembre 2014, j’étais en Israël. J’avais un papier renouvelable tous les mois, mais pas de travail ni de moyens pour vivre. C’était très dur.
J’ai expliqué dans mon audition qu’après mon refoulement de Djibouti, les soldats m’accusaient d’avoir fui avec un passeur alors que je leur disais la vérité, que j’étais parti à pieds. J’ai été battu à coups de matraque sur tout le corps, même sur la tête, et frappé à coups de pieds et de genoux. Lorsque je faiblissais, ils me laissaient par terre en disant que je pouvais réfléchir et ils revenaient plusieurs heures après et ils recommençaient.
J’ai été emprisonné pendant un an et quelques dans la prison à Dahelak, puis transféré dans la prison de Gadem en mars 2003, où je travaillais dans la construction, sans être payé, jusqu’à fin 2005.
La prison de Dahelak était sur une île. Nous étions enfermés dans trois hangars qui devaient contenir chacun entre 150 et 250 prisonniers. C’était des constructions en tôle, en longueur, sans fenêtre, avec une seule entrée, et il faisait extrêmement chaud à l’intérieur. On devait dormir par terre sur des nattes, alignés le long des murs. Nous sortions le matin et le soir pour faire nos besoins dans une espèce de fosse commune, devant tout le monde et sans aucune intimité. Beaucoup avaient des diarrhées et les risques de contagion étaient énormes. Il n’y avait pas de médecin ni de médicaments et certains mouraient des fièvres, des infections et des piqûres d’insectes. Moi-même j’ai été malade trois fois. Nous étions très mal nourris et l’eau qu’on nous donnait à boire était sale. Nous recevions une espèce de thé le matin et un bout de pain, des lentilles à midi et le soir ou des fois seulement une espèce de liquide sans lentilles dedans. On n’avait pas de quoi se doucher et nous portions toujours le même vêtement, une combinaison, qu’on enlevait sous la tôle à cause de la trop forte chaleur. À l’occasion il pleuvait ce qui laissait des flaques pendant quelques heures sur le terrain caillouteux de l’île et c’étaient les seules occasions où on pouvait un peu se rincer. Il y avait de la vermine partout à cause de la chaleur, du surpeuplement et de l’absence totale d’hygiène. Nous étions piqués de partout, sur tout le corps, tout le temps.
Nous étions humiliés comme des moins que rien. Il n’y avait aucun respect. Ils nous disaient de toujours regarder par terre pour nous rabaisser et nous punissaient si nous désobéissions. Des fois, je levais les yeux et les soldats me frappaient à coups de bâton.
Je suis tombé malade. J’ai eu la diarrhée avec du sang et une infection. J’étais tellement mal que je pensais que j’allais perdre mes boyaux. D’autres prisonniers sont morts des suites de ces maladies.
Certains essayaient de s’enfuir. Une fois rattrapés, ils étaient attachés dans la position dite de « l’hélicoptère » puis leur corps jeté après leur décès. Le sol aride et caillouteux était trop dur pour être creusé et les corps étaient simplement mis sur le sol, recouverts de pierres.
Quand les gens venaient interroger les prisonniers, ils les tapaient tellement fort que la peau du dos partait en lambeaux. C’était horrible.
L’autre prison, la prison de Gadem, était un endroit à ciel ouvert clôturé par des ronces. Nous mettions un drap au-dessus de notre tête pour nous protéger du soleil pendant les repas. Nous étions forcés de travailler 12 heures par jour et nous avons construit 6 bâtiments.
À la division 27, je ne pouvais pas occuper un poste de soldat à cause de ma surdité, et je devais travailler dans les champs, pour les brigades du bataillon. Les travailleurs étaient tout le temps surveillés par des militaires. Le soir nous dormions à la belle étoile tandis que la tente contenait nos affaires. Je me suis enfui une nuit en rampant. Après avoir franchi le poste de grade, j’ai marché pendant deux heures et j’ai atteint les tranchées puis la frontière.
Chez nous, le gouvernement ne respecte pas la loi, ni la constitution, et il gouverne comme il veut.
J’ai laissé ma famille derrière moi. Je n’ai pas vu grandir mes enfants.
J’essaye d’oublier, mais c’est très dur. Tout me revient quand je parle de cela alors que je ne veux plus avoir de souvenirs. Je me demande toujours « pourquoi ils m’ont fait ça ? ». Je n’ai pas trahi, ni volé ni fait de la politique. J’ai seulement quitté l’Érythrée parce que ma vie était impossible, cloîtrée et sans perspectives. J’ai du mal à dormir et j’ai des cauchemars. Heureusement je travaille et ça m’aide à surmonter. Mais ma famille est dans un camp en Ethiopie et c’est un autre malheur de ma vie, que je ne peux pas être avec eux et que je ne peux pas vivre avec mes enfants. Ma vie est très triste et injuste et j’ai vécu beaucoup de choses qui donnent envie de mourir. Des fois, la nuit quand je suis seul, j’ai l’impression que je suis toujours là-bas et qu’on va m’appeler pour l’interrogatoire. C’est très angoissant. C’est comme si je ne pouvais pas me détacher de mon passer. Avoir ma famille auprès de moi m’aiderait à retrouver le goût de vivre. Je ne dors jamais plus que deux ou trois heures par nuit. Des fois, je pense que ma vie a été si pénible qu’elle ne durera pas longtemps. J’ai la vue qui baisse aussi à cause d’un coup que j’ai reçu sur la tête quand j’étais sur l’île. Je n’ai pas reçu de soins et j’ai eu la fièvre pendant plusieurs jours. J’ai du mal à me concentrer et les gens doivent me parler fort, sinon je n’entends pas.
À Dahelak, nous étions forcés de nous occuper des prisonniers décédés de ces mauvaises conditions de vie et cela aussi, ça me remonte dans mes souvenirs. Il fallait transporter leur corps et le poser dans un endroit, puis le recouvrir de pierres. Il n’y avait pas de cimetière parce que le terrain caillouteux était impossible à creuser. Il n’y avait pas même de sable. J’ai participé à l’ensevelissement de cette façon de quatre codétenus. Un autre était mort battu par les soldats avant notre départ vers l’île, alors que nous étions détenus quelques jours à Ada Beito. De là nous avons été transportés sur des petits bateaux. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait du corps. De l’île, il n’y avait aucun moyen d’échapper. Nous étions trop loin de la côte et trop faibles.
Ma demande d’asile a été rejetée par le SEM en juin 2016, soi-disant que je ne risque rien en retournant dans mon pays, alors que je n’ai pas connu la liberté depuis la fin de l’école et que je ne suis pas même libre de vivre dans ma maison.
J’ai fait une demande de réexamen il n’y a pas longtemps, mais le SEM a répondu que ma demande ne vaut même pas la peine d’être examinée et l’a radiée sans suite. Je n’ai pas de permis et je n’ai pas le droit de rester ici ni de reconstruire ma vie. J’ai très peu d’argent car je n’ai pas le droit de travailler, seulement de faire des programmes d’occupation donnés par l’EVAM. C’est aussi l’EVAM qui décide où je dois habiter et c’est toujours dans des centres collectifs précaires avec plein d’autres gens désoeuvrés comme moi. Nous risquons souvent d’être arrêtés par la police dans la rue, fouillés, emmenés, détenus et condamnés à des peines pécuniaires ou de prison pour « séjour illégal ». Ma vie ici n’est pas facile non plus et je ne vois pas le bout du tunnel. »

Pour citer ou reproduire cet article : Les Erythréens dans l'étau, article publié par Droit de rester pour tou.te.s, septembre 2019 http://droit-de-rester.blogspot.com/


jeudi 27 juin 2019

En chimiothérapie et à l’aide d’urgence



26 juin 2019          Aujourd’hui, même les situations médicales très graves sont aspirées indifféremment dans le flux général de gestion de l’asile.
Marbella par exemple, a déposé une demande d’asile en Suisse en octobre 2016 accompagnée de son fils. Ses parents sont venus en juillet 2017. Son père souffre d’une leucémie et d’un cancer de la prostate. Il est suivi médicalement de manière régulière ainsi que par la Ligue contre le cancer. Elle-même souffre d’un cancer du cerveau récidivant. Elle a subi plusieurs opérations et suit une chimiothérapie depuis de nombreux mois.
Ces traitements sont extrêmes. Ils causent de fortes angoisses, de grandes souffrances et d’importantes pertes des forces physiques et psychiques. Les patients doivent en outre faire face à la perspective de leur propre mort.
Malgré toutes ces difficultés, la famille doit encore endurer des conditions d’hébergement et d’existence qui ajoutent à la pénibilité de leur situation. En mars 2018, leur demande d’asile a été rejetée et le renvoi ordonné. Le recours contre cette décision a rapidement été déclaré irrecevable de sorte que la famille séjourne à l’aide d’urgence depuis.
L’aide d’urgence rappelons-le est, après la suppression de l’aide sociale, le « minimum vital pour survivre » selon les termes du Tribunal fédéral, pour « inciter les intéressés à quitter effectivement la Suisse », dans les plus brefs délais.
Il va de soi que si Marbella et son père quittent la Suisse, ils décèdent à bref ou moyen terme et laissent seuls le petit-fils de 7 ans et sa grand-mère. La famille ne va donc pas spontanément s’éloigner du centre de soins dont leur existence dépend. Ils n’en ont de toutes les façons pas les forces. Ils sont régulièrement menacés de renvoi forcé aux guichets du SPOP lors du renouvellement de leurs documents « d’octroi de l’aide d’urgence » ce qui les tétanise, instille un stress permanent et de l’anxiété surtout pendant la nuit où la police est susceptible de surgir sans préavis.
Les voilà donc à l’aide d’urgence depuis une année. Ils séjournent dans un centre collectif où ils se partagent deux petites chambres. Les sanitaires et la cuisine sont communs, toujours encombrés aux heures de départ à l’école le matin pour les douches, et aux heures de préparation des repas pour la cuisine. L’hygiène n’est pas adéquate pour les personnes affaiblies sur le plan immunitaire comme c’est le cas des personnes en traitement de chimiothérapie.
Les difficultés liées à cette forme d’organisation de l’existence sont éprouvantes. Il faut toujours porter le nécessaire dans la cuisine, surveiller ses affaires pour qu’elles ne disparaissent pas et ramener les plats chauds dans la petite chambre par les couloirs. Les espaces communs ne sont pas des lieux d’habitation, mais de passage uniquement, où tout doit être réinstallé et désinstallé à chaque usage. Le plus difficile est le bruit des autres occupants, surtout la nuit, et les mouvements des uns et des autres qui perturbent la tranquillité.
Le manque d’espace et d’ameublement empêche également de créer un centre de vie où la famille pourrait se réunir. Lorsque je les ai visités, nous étions à l’étroit dans une petite pièce occupée de deux lits, d’une petite table et de quelques meubles de rangement trop petits pour recevoir toutes les affaires qui sont amoncelées les espaces disponibles ce qui crée une sensation de surcharge et de désordre. Marbella et moi discutions à la petite table où sa mère nous avait servi un café, tandis qu’elle-même et son père restaient assis sur le lit, où on ne peut pas s’adosser. Marbella n’a que deux chaises, une par personne attribuée à cette pièce, elle-même et son fils, qui était à l’école à cette heure. Il n’y a pas de canapé.
Les gens à l’aide d’urgence ne reçoivent pas d’argent en espèce et doivent prendre de la nourriture choisie par l’EVAM au guichet du rez-de-chaussée. Ils donnent chaque jour une liste d’aliments cochés et on leur remet le colis un peu plus tard. Les fruits ne sont pas mûrs, les légumes de mauvaise qualité, les viandes congelées et il n’y a très vraisemblablement aucun aliment de production biologique ou locale.
Or, les personnes malades ont besoin de pouvoir choisir leurs aliments selon leur propre intuition de ce dont ils ont besoin, et d’une certaine autonomie. Ils doivent pouvoir prendre soin d’eux-mêmes dans un contexte d’insécurité et d’incertitude quant à leur devenir. Seulement manger trois fois par jour ne répond pas leur besoin de s’occuper d’eux-mêmes. L’alimentation est liée à la santé et a des effets curatifs ou thérapeutiques pour beaucoup de gens. Cette fonction thérapeutique ne peut pas être accomplie à un guichet via une feuille de biens alimentaires à cocher. Marbella et son père en particulier sont privés de la possibilité, réelle ou imaginaire, cela est sans importance, de contribuer par leurs propres choix alimentaires à l’amélioration ou au maintien de leur état de santé. En ce qui me concerne, je considère que la distribution alimentaire aux personnes malades porte atteinte à leur dignité.
Là-dessus, le Tribunal fédéral donne le ton de la plus grande sévérité, refusant aux diabétiques par exemple un complément de prestation alimentaire afin qu’ils puissent acheter une nourriture de meilleure qualité. Le Tribunal fédéral ne voit pas en quoi 8,5 frs par jour ne permettent pas d’acheter du riz complet ou plus de légumes et de viande rouge (8C_603/2018). Or, ces aliments précisément coûtent cher et 8,5 frs ne suffisent certainement pas. Essayez d’acheter trois repas pauvres en glucides rapides avec 8,5 frs ! Sans le soutien de la plus haute cour de justice de ce pays, et faute de volonté politique de protéger les personnes confrontées à des difficultés de vie que représente la maladie chronique potentiellement grave, les conditions d’existence des requérants d’asile malades continuent de se dégrader, afin de les « inciter » à quitter la Suisse au plus vite. La dégradation des conditions de vie, le manque d’autonomie et d’espace de vie propre ou de repos contribuent à l’épuisement et à la dégradation de leur santé physique et psychique.
Pour moi, l’aide d’urgence imposée aux personnes souffrant de maladies graves et chroniques, ainsi que la vie en centres collectifs d’hébergement pour requérants d’asile déboutés, sont un mauvais traitement. Ces formes d’existence infligent des conditions d’existence qui vont au-delà de ce que les intéressés ont la force et le ressort de supporter.

Pour citer ou reproduire cet article : En chimiothérapie et à l’aide d’urgence, article publié par Droit de rester pour tou.te.s, juin 2019 http://droit-de-rester.blogspot.com/

Obligée d'apprendre le français à 86 ans: merci le SPOP!


Une personne de 86 ans doit apprendre le français pour obtenir une autorisation de séjour : Le SPOP fait une interprétation restrictive de la loi.

AJ est née en 1933 au Sri Lanka.  Elle est tamoule, issue d’une communauté minoritaire fortement réprimée par le gouvernement sri-lankais. Femme cultivée, AJ a travaillé toute sa vie en tant qu’institutrice dans une école où elle enseignait l’anglais. Ses enfants ont fait des études universitaires et ont connu, malgré la guerre, une vie professionnelle et sociale dans une certaine mesure florissante.
Le durcissement de la répression à la fin de la guerre renverse le sort de sa famille. Soupçonnés d’être séparatistes et leurs vies menacées, ses enfants ne voient pas d’autres solutions que d’opter pour la voie de l’exil en laissant derrière eux emploi, famille et tout ce qu’ils avaient construit. Une grande partie de la famille élargie d’AJ avait aussi fui le Sri Lanka.
AJ décide quelques années plus tard de quitter son pays avec son mari pour joindre ses enfants en Suisse. La santé de son époux s’était aggravée et le couple, déjà très âgé, souffrait fortement de l’absence de leurs enfants.  
Le couple arrive en Suisse en 2008. AJ était âgée de 75 ans. Ils demandent l’asile, mais le SEM ne leur octroie qu’une admission provisoire. Les premières années d’AJ en Suisse étaient loin d’être réconfortantes. Une admission provisoire implique de fortes restrictions dans le déplacement et dans les moyens d’intégration. Malgré tous ces obstacles, elle parvient à créer des liens sociaux dans la communauté où elle habite. Elle se rend souvent à l’église de son quartier où elle participe, entre autres, en tant que bénévole aux activités de la paroisse et entre en contact avec un bon nombre de personnes, laïques et religieuses. Mais en 2016, son époux décède. Tombée dans une forte dépression et dépendante moralement de ses enfants, un retour d’AJ au Sri Lanka n’est plus envisageable.
En 2017, AJ dépose une demande d’autorisation de séjour. Toute sa famille est en Suisse, son mari est enterré en sol helvétique. A l’âge de 85 ans, il n’y a plus de sens pour AJ de retourner dans son pays d’origine. En mars 2019, le SPOP émet un préavis avec l’intention de lui refuser l’octroi d’un permis B. L’autorité cantonale se base sur l’argument qu’AJ « ne parle pas du tout français ». 
Pour autant que la loi exige des compétences linguistiques pour juger du niveau d’intégration d’un étranger, il est nécessaire que ceux qui ont la charge de son exécution intègrent dans leur analyse les éléments particuliers du cas afin d’émettre une décision juste et équitable et transmettre ainsi la vraie intention de la loi. L’analyse du SPOP, fondée sur une application littérale et restrictive de la loi, s’oppose clairement à ce qui est juste et équitable. Elle est, d’ailleurs, perçue comme obtuse puisqu’elle ne considère pas ce qui est même évident pour le sens commun : la capacité cognitive d’une personne est fortement réduite après l’âge de 70 ans.
Ce que l’autorité cantonale demande est donc inatteignable. AJ a actuellement 86 ans. Elle ne pourrait jamais prétendre à un permis B et serait contrainte de rester sous le coup d’un permis F pour le reste de sa vie, qu’elle passera, en tout cas, en Suisse. Le SPOP a ainsi oublié le principe juridique de la proportionnalité, qui exigerait l’interprétation du critère de l’intégration pour l’octroi d’une autorisation de séjour en fonction des efforts faits par le requérant ainsi que des obstacles non inhérents à celui-ci. Ainsi, AJ ne devrait pas être condamnée à demeurer sous le coup d’un statut précaire alors que son incapacité de répondre à des exigences scolaires de connaissance du français n’est pas fautive.
Les Romains définissent le « iruis prudens », c’est-à-dire, celui qui a entre ses mains l’application et l’interprétation de la loi, comme le connaisseur des choses humaines (humanaeque rerum notitia) et de ce qui juste et injuste (iusti et iniusti scientia).  Le préavis de l’autorité cantonale démontre donc l’aveuglement de l’administration face à la réalité humaine des personnes admises provisoirement et l’injustice qu’il génère. Si bien que la décision de l’administration discrimine en premier plan les exilés, elle entraîne implicitement la violation d’autres aspects protégés par la loi. En l’occurrence, l’exigence envers AJ d’apprendre le français est un acte d’injustice non pas seulement vis-à-vis des refugiées, mais aussi envers des personnes âgées et des personnes malades.

Charbel Fakhri-Kairouz


Pétition pour la régularisation de travailleuses et travailleurs sans papiers

Pétition au Conseil d’Etat vaudois
Pour la régularisation de travailleuses et travailleurs
sans-papiers selon le modèle proposé par le canton de Genève

Les personnes soussignées demandent aux autorités cantonales de trouver un accord avec
l’autorité fédérale afin de mettre en place une procédure de régularisation des personnes
sans papiers habitant et travaillant dans le canton de Vaud, selon le principe déjà proposé
par le canton de Genève.
Dans notre canton également, il existe des personnes sans-papiers qui sont là depuis de
nombreuses années, travaillent, paient leurs impôts, leurs assurances sociales, dont les
enfants sont scolarisés et qui contribuent à la croissance et au développement de ce canton
aussi bien sur le plan économique que sur le plan social et culturel.

Téléchargez la pétition et renvoyez-la au plus vite  au Collectif vaudois de soutien aux Sans-Papiers (CVSSP), Case Postale 7489, 1002 Lausanne.