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vendredi 26 janvier 2024

Tout ça pour ça ?

 

Le collectif Droit de rester est témoin depuis trop longtemps de renvois violents de personnes déboutées de l’asile ou en procédure Dublin. Ces renvois sont traumatisants, pour les personnes concernées et les témoins, et de nombreuses personnes reviennent par la suite en Suisse malgré cela, comme le montrent ces derniers cas.

 

Mai 2023, L'Auberson, renvoi violent de la famille V.

 

Le 2 mai 2023, une dizaine de policiers fait irruption au foyer EVAM de L'Auberson. Les policiers arrachent un enfant des bras de ses parents pour les contraindre à les suivre. Cette famille afghane est renvoyée en Croatie où elle avait déjà subi des violences. Traumatisée, elle parvient à revenir en Suisse en juin. Alors, on les loge à cinq dans la même pièce avec une aide d’urgence de moins de 10 francs par personne et par jour pour vivre. Quasi impossible de chercher de l’aide : l’usage des billets de train est limité aux rendez-vous médicaux et surtout à aller renouveler l’attestation d’aide d’urgence au Service de la Population (SPOP). Souvent. Là, il faut attendre pour rien pendant des heures. Il faut subir les brimades et les menaces d’une descente de police à l’aube. Encore. Les enfants en font des cauchemars toutes les nuits.

Et après de trop longs mois de ce traitement, on leur dit que c’est bon, qu’on ne les renverra plus : la famille ne sera pas renvoyée en Croatie et est actuellement en procédure d’asile fédérale. Tout ça pour ça ?

 

16 janvier 2024 : M. A., renvoyée en Espagne par vol spécial

 

Elle a 29 ans et est diplômée de l’université de Balkh en Afghanistan. Quand les Talibans ont pris le pouvoir, elle a fondé une école pour filles, mais le régime ne l’a pas laissé faire. Pour sauver sa vie, elle a dû se résoudre à fuir. Il faut franchir les mers, les montagnes et toutes ces frontières.

Alors parfois, on se retrouve avec un visa pour l’Espagne alors que son frère a un statut légal en Suisse. Et si on a le malheur de tout de même vouloir rester proche de sa famille, c’est parti comme d’habitude : arrestation matinale, violence, avion, Madrid.

Mais en Espagne, on lui dit : « débrouille-toi, bonne journée ». Elle n’a pas accès aux soins médicaux dont elle a besoin. Le canton de Vaud n’a même pas pris la peine de vérifier son état de santé avant de la renvoyer.

Alors, comme elle ne peut retourner en Afghanistan, son choix n’en est pas un. Comme la famille afghane renvoyée en mai, elle doit revenir. Espérons que le canton de Vaud saura, cette fois aussi, revenir sur sa décision et permettre à cette femme courageuse de rester dans le pays où réside son frère.

 

Et tou·te·s les autres

 

Nous n’oublions pas qu’un jeune homme, E., arrêté le 1er novembre 2023, a été maintenu en hospitalisation pénitentiaire jusqu’à être mis de force dans un avion pour Zagreb, malgré sa grande fragilité psychologique.

Nous n’oublions pas non plus ce jeune homme qui, en décembre 2023, s’est jeté par la fenêtre du centre où il était hébergé quand la police a débarqué.

Nous sommes témoins de tant de cas de renvois violents que nous ne parvenons pas toujours à dénoncer.

Mais nous n’oublions pas tou·te·s les autres.

 

L’inhumanité de ces renvois forcés devrait suffire à abolir définitivement la pratique. Mais puisque les autorités insistent, nous devons malheureusement en dénoncer aussi l’absurdité : non seulement un coût humain, mais aussi financier, écologique, pour rien : ces personnes reviennent, et reviendront. Tout ça pour ça ?

 

Nous revendiquons des conditions de vie dignes pour tou·te·s, quel que soit le statut administratif :

-   Arrêt de toutes les expulsions

-   Arrêt de la maltraitance administrative au SPOP

-   Droit au travail et à la formation

-   Droit à un logement digne

-   Droit à se déplacer et à chercher de l’aide

-   Indexation et augmentation de l’aide d’urgence et de tous les minimums vitaux

 

 

Stop deportations !


jeudi 18 novembre 2021

Jawid Y.: renvoyé de Suisse vers la Suède sous l'oeil hypocrite des autorités vaudoises

 Il y a une semaine, ce que nous craignions est arrivé. Notre ami Jawid, arrivé en Suisse en octobre 2020 fuyant la Suède où il était en danger d’expulsion pour l’Afghanistan, après 5 ans de séjour, a été renvoyé. Son délai Dublin était pour le 10 décembre 2021. L'avion le transportant est arrivé en Suède le 10 novembre. Après un contrôle sommaire des autorités suédoises, Jawid s’est retrouvé à la rue, sans aucun soutien de l’état. Heureusement, il est à l’heure actuelle hébergé par des solidaires.

Nous sommes amené.es une fois de plus à dénoncer un renvoi violent et le régime Dublin qui traite les êtres humains comme de la marchandise pouvant être ballotée d’un pays à l’autre, sans considération pour le trauma que cela provoque pour les personnes exilées.

Voici un compte rendu des événements ayant menés au renvoi de Jawid.
Le 4 novembre 2021 Jawid a été arrêté par 4 policiers à 6h30 à Bex dans sa chambre. Il n’a pas opposé résistance et il a été transporté à la Blecherette, puis à Frambois. Il a pu avertir deux personnes par téléphone.
A Frambois, il a été mis en quarantaine car il n’était pas vacciné. Il ne pouvait pas avoir de contact avec d’autres détenus mais il a pu être visité par des aumônières. Il nous a dit que sa cellule était froide et les draps glaciaux. Il a eu droit à une avocate d’office qu’il n’a pas vu mais avec laquelle il a eu un contact téléphonique. Nous avons pu avoir contact avec lui en passant par le téléphone des gardiens. Lors de sa détention, il était très déprimé mais espérait encore pouvoir retrouver la liberté.

Le 7 novembre on lui a proposé un test covid. Il a refusé et on lui a dit qu’il avait la possibilité de refuser encore une fois. A la troisième demande, s’il persistait à refuser on l’aurait soumis au test sous contrainte.

Le 9 novembre il nous a informé.e.s qu’on le ramenait à Lausanne, au Spop. Puis pendant 24h plus personne n’a pu avoir de ses nouvelles malgré nos demandes de renseignements à la police et au spop.  
Le 10 novembre, à la suite d’une intervention de l’avocate sur une demande de notre part, le Spop a informé du renvoi de Jawid en Suède depuis Zürich le matin tôt. L’avocate d’office n’a pas eu le temps de faire recours contre sa détention.

Arrivé à l’aéroport de Stockholm, la police l’a libéré après l’avoir contrôlé, sans lui fournir aucune aide.
Il a pu contacter la famille qui l’avait aidé pendant son premier séjour en Suède et depuis il est hébergé par cette même famille.

Il reste en contact avec nous et nous attendons un compte rendu écrit de sa déportation. Les 9 et 10 novembre, nous savons qu’il a été déplacé trois fois de cellule à Lausanne, réveillé à 3h du matin et mis dans un fourgon pour Zürich. Cette fois, fatigué et apeuré, il n’a pas résisté et il a accepté le test covid. En route vers l’avion, Jawid était menotté et accompagné de 10 policiers qui sont restés avec lui pendant la durée du vol. Sur l’avion, il y avait une autre personne afghane, qui était, elle, Dublinée Hollande.


Photo: remise de la pétition "Soutenons les Afghan-es réfugié-es dans le canton de Vaud" le 3 novembre au bâtiment du Grand Conseil vaudois à Lausanne. Jawid était parmis les Afghan-es présent-es.  

lundi 7 juin 2021

Il faut un permis humanitaire urgent pour Solomon Arkisso!

 Il faut délivrer un permis humanitaire à Solomon Arkisso en danger suite à son renvoi en Ethiopie.

Solomon Arkisso est en danger ! Renvoyé de Suisse par la force le 27 janvier 2021 en Ethiopie, il est actuellement dans une situation extrêmement alarmante.

Solomon vit depuis plusieurs mois caché chez des ami.e.s. Il ne reste jamais au même endroit par crainte qu'on ne le trouve. En effet, la police fédérale éthiopienne est déjà venue à plusieurs reprises chez sa mère, résidence principale de Solomon, afin de l'arrêter sous prétexte qu'elle voulait avoir des informations concernant le déroulement de son expulsion de Suisse.

Les policiers ont également menacé la mère de Solomon et les personnes présentes sur place de prendre des mesures contre eux en les accusant de complicité et de manque de collaboration avec le gouvernement éthiopien si Solomon ne se présentait pas rapidement au bureau de la police fédérale. La situation actuelle ne met pas seulement en danger la vie de Solomon mais aussi celle de sa famille. Son retour provoque un climat d'angoisse et de peur au sein de celle-ci.

Avant de s’exiler en Suisse, Solomon Arkisso jouait au football pour plusieurs clubs connus d'Addis-Abeba et son renvoi forcé n'est pas passé inaperçu à son retour en Ethiopie. Dès son arrivée, il a été contacté par les médias de l'opposition au gouvernement actuel. Il a accepté d'être interviewé par un de ces médias : une vidéo du 8 mars 2021 circule sur YouTube où on l'entend critiquer ouvertement le gouvernement éthiopien actuel.

Solomon est de l'ethnie Oromo par son père et Guragie par sa mère. L'ethnie Oromo est discriminée par le gouvernement en place en Ethiopie (non reconnaissance linguistique et culturelle). De plus, il est proche du parti Oromo Liberation Front (OLF), cible de persécutions de la part du parti au pouvoir. En Suisse, Solomon n’a pas arrêté son engagement auprès de la communauté Oromo et a soutenu les actions et manifestations de contestation du gouvernement éthiopien. Il craignait que son retour ne l’expose à une persécution directe de la police fédérale ; ses craintes ont malheureusement été confirmées.

Solomon avait dû s'exiler en Suisse car il subissait déjà des persécutions politiques en raison de ses engagements. Après son renvoi en Ethiopie, malgré le changement de pouvoir, Solomon est perçu comme un terroriste et la pression de la police fédérale contre lui n’est que plus forte puisque son engagement au sein de l’OLF ne s’est pas affaiblie et qu’il a témoigné contre le gouvernement dès son entrée sur le sol éthiopien.

A l'approche des élections, qui ont été repoussées pour la troisième fois, plusieurs dirigeants de l’OLF et d'autres partis d'opposition ont été emprisonnés et retirés des listes électorales. Les arrestations de masse de militant.e.s et de sympathisant.e.s de l'opposition se poursuivent. Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains dont Amnesty International, Human Rights Watch et l’OSAR sonnent l’alarme depuis des mois sur les graves violations actuellement perpétrées en Ethiopie. Aujourd’hui, les tensions ne sont plus confinées à la région du Tigré comme c’était le cas en janvier 2021, elles se sont généralisées dans tout le pays. Solomon Arkisso n’est pas en sécurité.

Très apprécié des personnes qui l’ont côtoyé, Solomon est un exemple d'intégration. Travailleur assidu, il a contribué pendant plusieurs années à l’entretien des foyers de l'EVAM. Sportif, il a joué au football au CS Chavannes et au FC Morges. Il a mis sur pied plusieurs équipes éthiopiennes de football. Juste avant son expulsion, il était sur le point de mettre en place une équipe de foot pour les participant.e.s de la mesure d’insertion professionnelle Embellimur. De plus, son projet de création de vélos électriques à partir de matériaux recyclés a impressionné toutes les personnes qui ont travaillé avec lui.

Le 21 mai, le Grand Conseil genevois a adopté une résolution demandant au Conseil d’Etat genevois de plaider auprès du Conseil fédéral pour que Tahir Tilmo, ressortissant éthiopien déporté le même jour que Solomon, obtienne un visa humanitaire.

Nous demandons que le Grand Conseil vaudois entreprenne la même démarche pour sauver la vie d’un être humain mis en danger suite à la décision d’expulsion prononcée par le SEM. Si l’intégrité physique, voire la vie de Solomon Arkisso devait être atteinte, les autorités vaudoises et suisses en porteraient en partie la responsabilité.

dimanche 31 janvier 2021

Des nouvelles de Solomon

Suite au vol spécial vers l’Éthiopie du mercredi 27 janvier 2021 qui a eu lieu malgré la grève
de la faim et de la soif, les protestations et la grande mobilisation, les prises de position et
les résolutions de l’ONU en Suisse, vous trouverez ci-dessous des nouvelles de Solomon et
la manière dont les derniers jours avant son expulsion ce sont déroulés.
Ce témoignage soulève de nombreux incidents qui méritent des investigations
supplémentaires et qui doivent être dénoncés !
Contact 
collectif at stoprenvoi.ch

********

Un plan de vol pour l'Éthiopie a été remis à Solomon il y a cinq mois. Plan de vol qu'il a refusé. Sa vie était en Suisse. Il travaillait dans un atelier de mécanique vélo, était engagé dans le foyer dans lequel il vivait, apprécié de tout le monde. C'était évident qu'il ne pouvait pas accepter de partir. Suite à son refus, il a continué à recevoir, comme auparavant, l'aide d'urgence (qu’il devait renouveler tous les 2-3 mois). Puis, rien d'autre, la vie continuait. Pas d'assignation à résidence l'obligeant à rester à la maison en attendant que la police l'emmène, pas d'ordonnance pénale, rien. Rien n'indiquait qu'il allait être arrêté prochainement dans les locaux du service de la population (SPOP).

Mardi 19 janvier 2021. Au matin, Solomon va renouveler son papier d'aide d'urgence (action qu'il devait faire régulièrement pour garder son droit au logement à l'EVAM entre autres). La personne au guichet lui demande de patienter dans la salle d'attente. 10 minutes plus tard, deux policiers pénètrent dans les locaux du SPOP et l'embarquent. Menottes aux poignets, sans aucune explication. Solomon se sent traité comme un criminel. Sans que personne ne lui explique ce qui lui arrive, il est emmené en voiture. Pendant le trajet, Solomon demande à joindre son patron pour le prévenir qu'il ne sera pas au travail l'après-midi. C'est la seule demande qui lui est consentie. Il va changer plusieurs fois de véhicule - voitures et fourgonnettes - il est complètement déboussolé et ne comprend pas pourquoi tout ce cirque pour le transporter qui sait où. Ce n'est qu'en arrivant sur place qu'il apprend qu'il a été emmené à Genève, à la prison de Frambois, où il passera la nuit. 

Mercredi 20 janvier. Solomon est ramené à Lausanne pour comparaître devant le tribunal des mesures de contrainte et d'application des peines. Là, Solomon rencontre pour la première fois, et qui fut aussi la dernière, l'avocat qui lui a été attribué (qui était, en fait, le stagiaire de l'avocate censée s'occuper de sa situation), accompagné d'un interprète anglais, langue que Solomon ne parle pas. Lorsqu'il le fait remarquer au procureur, ce dernier lui répond : "On va faire avec". Sous-entendu par-là que Solomon ne connaîtra pas le contenu du jugement, à part quelques éléments qu'il a compris en français et de bribes d'anglais. Oui, malgré le fait qu'il ait précisé qu'il ne parlait pas anglais, l'ensemble du jugement lui a été traduit dans cette langue.

Ensuite, Solomon est ramené à Frambois, au sous-sol, dans une pièce avec toilettes et lavabo. Il y est placé en isolement jusqu'au mardi suivant. Il n'est autorisé à voir personne, mesure COVID. Il reçoit les appels seulement quand le personnel de la prison est disponible pour les lui transférer. Impossible non plus de lui rendre visite.

Plus aucune nouvelle de sa supposée avocate jusqu'au lundi 25 janvier, date à laquelle il reçoit un appel pour lui dire qu'elle passera mardi. Or, mardi, personne ne vient.

Dans la nuit de mardi 26 à mercredi 27, ses ami.es, son équipe de foot, viennent devant la prison de Frambois depuis Lausanne, pour être là au cas où Solomon serait emmené de nuit à l'aéroport. Iels veillent toute la nuit jusqu'au petit matin, avant de retourner à Lausanne pour le travail. Deux heures plus tard, on apprend que la police vaudoise est arrivée à Frambois avec l'intention de ramener Solomon dans le canton de Vaud. Il est dit aux personnes encore postées devant la prison en soutien aux incarcérés, que le vol n'aurait "peut-être pas lieu".

Les ami.es de Salomon appellent Frambois pour savoir où il a été transféré. Les gardiens leur répondent qu'ils ne peuvent pas donner cette info, qu'ils doivent appeler le service de la population (SPOP) vaudois. Lorsque ses ami.es appellent le SPOP, on leur dit que seule l'avocate peut avoir accès à ces informations. Sa sœur ne compte pas. Son avocate n'en a rien à faire de lui, mais plusieurs personnes essaient de l'appeler tout de même puisqu'elle semble être la seule à avoir droit à cette information si confidentielle. On pense qu'il a été emmené à nouveau dans les locaux de la police cantonale de la Blécherette. Le pourquoi du comment les policiers ont procédé ainsi reste un mystère. L'avocate attend la journée du mercredi 27 janvier, le jour du vol spécial, pour faire une demande de réexamen, qui bien sûr arrivera trop tard. Elle laisse encore cette journée s’écouler avant de lâcher qu’elle ne sait pas où se trouve Solomon, sans avoir pris la peine de passer un coup de fil à la réception de la police cantonale.

Mercredi 27 janvier. Dans la soirée, Solomon est transféré depuis Lausanne vers l'aéroport de Genève (matin à Frambois, après-midi à Lausanne, retour à Genève le soir). Il aura dû d’abord subir la torture psychologique de la police de la Blécherette. Affaibli par sa grève de la faim et cherchant à trouver du repos, Solomon est réveillé à maintes reprises par les policiers qui entrent dans sa cellule, lui enlèvent la couverture, puis repartent. Il est ensuite déshabillé, et plaqué contre le mur pour une fouille intégrale - lors de laquelle les policiers se foutent de lui.

"Ils m'ont humilié jusqu'au bout"

 A nouveau menotté, il est embarqué dans une voiture. Personne ne lui dit où il va. Une fois arrivé à l'aéroport de Genève, il est contraint de se diriger vers l'avion, encadré par deux policiers. Quand Solomon monte dans l'avion, les policiers précisent qu'il a un certificat médical. Dans l'avion, ils étaient 7 Ethiopiens de Suisse, 3 des cantons romands et 4 des cantons germanophones, plus de 40 policiers. Pendant le trajet, un des policiers lui tend une enveloppe en lui disant que c’est de l’argent auquel il a droit, une somme d’un peu plus de 1000 .-. Solomon signe une sorte de reçu, attestant qu’il a bien reçu l'argent, un papier écrit à la main. Arrivé à Addis Abeba, il ouvre l'enveloppe dans laquelle il n'y a plus qu’une centaine de francs, le policier lui a donc dérobé 1000.-. « J'aimerais comprendre pourquoi il a fait ça ».

Solomon a pu sortir de l’aéroport et il va « bien », il atterrit.

[Témoignage recueilli par les ami.es de Solomon]

jeudi 28 janvier 2021

Le renvoi de la honte vers l'Ethiopie a eu lieu!!

 Nous relayons le communiqué des ami-e-s de Tahir et nous associons à leur colère!


Communiqué de presse – 28 janvier 2021

 

Tahir expulsé: les autorités genevoises exécutent un renvoi inqualifiable!

Une mobilisation large d’ami·e·s de Tahir a organisé une présence jour et nuit du 25 au 27 janvier devant le Centre de détention administrative de Frambois pour dénoncer le renvoi de Tahir et de 2 autres personnes vers l’Ethiopie, un renvoi organisé par vol spécial Frontex.

Depuis plusieurs jours, Tahir était en grève de la faim et de la soif. Mardi matin 26 janvier, la police l’a contacté pour lui proposer 1'000 CHF en échange de l’acceptation de son renvoi, ce à quoi Tahir a répondu que sa vie n’était pas à vendre. Il s’agit d’une pratique inacceptable et que nous dénonçons.

Mercredi 27 janvier vers midi, l’état de santé de Tahir s’est dégradé et il a été transféré aux urgences des HUG. Vers 18h, nous avons appris qu’il serait emmené à l’aéroport. Plusieurs dizaines de personnes se sont postées devant différentes sorties des HUG afin de lui dire au revoir, et de former une chaîne humaine symbolique contre son renvoi.

Alors que nous étions masqués et respections les distances physiques sanitaires, les forces de police ont procédé à des contrôles de papiers et menacé de dresser des amendes. C’est à ce moment que Tahir a été sorti de son lit aux urgences pour être emmené à l’aéroport. Le mouvement s’est alors déplacé devant le Terminal 2, d’où le vol spécial devait partir. De nombreuses démarches ont été menées en parallèle pour demander aux autorités genevoises, en charge de l’exécution du renvoi, d’empêcher ce renvoi inacceptable. L’espoir a persisté jusqu’au bout, l’avocate de Tahir, Maitre Buser, ayant fait un dernier recours ce 27 janvier en fin de journée auprès du Tribunal Administratif Fédéral avec mesures d’urgence.

A 22h, le vol spécial Frontex, mutualisé avec l’Allemagne, s’envolait vers Addis Abeba, avec escale à Athènes pour embarquer d’autres personnes déboutées. Au vu de tous les éléments questionnant la légitimité du renvoi de notre ami, nous sommes extrêmement choqués que le Canton n’ait pas usé de son pouvoir pour renoncer à l’exécution de ce renvoi.

Nous dénonçons tout particulièrement que:

  • Tahir ait été arraché de son lit d’hôpital aux urgences pour être mis de force dans l’avion
  • Aucun test PCR n’a été effectué au départ de la Suisse, alors que cette dernière doit le réaliser avant tout départ
  • Les autorités genevoises n’ont rien fait pour empêcher ce renvoi, alors que son exécution relevait de leur compétence

Nous avons appris ce jeudi matin que Tahir est bien arrivé à Addis Abeba.

Le contact avec lui ne sera pas rompu.

Les ami·e·s de Tahir