samedi 17 mars 2018

MANIFESTATION merc.21 mars 17h30: stop aux renvois vers le sri lanka!


Vol spécial vers le Sri Lanka pour expulser des opposants au régime: Manifestons mercredi 21 mars, place Chauderon, 17 h 30!
இலங்கைக்கு அகதிகளை திருப்பி அனுப்பாதே! : ஆர்ப்பாட்டப் பேரணி



Mardi 13 mars, la Suisse a renvoyé de force une diazine de sri lankaisTamouls par vol spécial, alors que le pays est actuellement sous l’état d’urgence. Dans ce vol se trouvaient deux de nos amis. Toutes les personnes renvoyées ont été auditionnées par la police sri lankaise à leur arrivée, et l’une arrêtée quelques heures.
Nous craignons pour leur vie. Les arrestations et tortures des opposants sont fréquentes au Sri Lanka. Mais le Secrétariat d’État aux migrations n’en a rien à faire. Et le canton de Vaud exécute les ordres.
Qu’en est-il de nos amis maintenant? Comment se sont passés ces renvois forcés et leur arrivée dans ce Sri Lanka troublé? Nous craignons le pire et nous faisons tout ce qui est possible pour avoir de leurs nouvelles.
Nous accusons le SEM, mais aussi le Conseiller d’État Leuba et le SPOP de non-assistance à personne en danger. Expulser ces jeunes vers le Sri Lanka et ses dangers est aussi criminel que les agissements du gouvernement sri lankais.
Nous demandons l’arrêt immédiat des renvois vers le Sri Lanka, la régularisation des Tamouls qui ont demandé l’asile en Suisse. 
Stop aux renvois! Manifestation mercredi 21 mars, 17 h 30, Place Chauderon à Lausanne. 


La manifestation est autorisée



 

jeudi 15 mars 2018

Vaud expulse deux ressortissants du Sri Lanka, opposants au régime : Manifestons mercredi 21 mars!


Mardi 13 mars, la Suisse a renvoyé de force 21 Tamouls par vol spécial, accompagnés par la traditionnelle horde de policiers...comme des criminels. Leur crime ? Avoir demandé l’asile en Suisse, avoir cherché protection dans ce pays. 


Dans ce vol spécial se trouvaient 2 Tamouls qui résidaient dans le canton de Vaud depuis plusieurs années. Ce sont nos amis. Ils avaient fui le Sri Lanka pour sauver leur vie. Pour ne pas être arrêtés. Pour ne pas être torturés. 

Les autorités vaudoises ne les ont pas crus. Eux ils obéissent à Berne, la Berne sourde à toute mise en garde. Depuis octobre 2016, le Secrétariat d’Etat aux Migrations a changé sa pratique et considère « raisonnablement exigibles » les renvois des requérants d’asile sri lankais. La Suisse a signé un accord migratoire avec le gouvernement sri lankais pour faciliter la réadmission des déboutés de l’asile en provenance de ce pays. Mais la Suisse semble ignorer que la situation post-conflit dans ce pays n’est pas encore stabilisée et sûre pour tous les habitants du Sri Lanka.

Pour la première fois depuis la fin de la guerre en 2009, l’État d’urgence a été instauré le 6 mars au Sri Lanka et les réseaux sociaux ont été bloqués suite à de graves violences intercommunautaires. Des foules bouddhistes ont mené des émeutes anti-musulmanes ayant fait au moins trois morts, plus d’une dizaine de blessés et détruits de nombreux bâtiments, commerces et mosquées. La chaîne Al Jazeera a également récemment diffusé un documentaire hallucinant sur les tortures et les mauvais traitements subis actuellement par des opposants tamouls au Sri Lanka.

Qu’en est-il de nos amis maintenant ? Comment se sont passés ces renvois forcés et leur arrivée dans ce Sri Lanka troublé ? Nous craignons le pire et nous faisons tout ce qui est possible pour avoir de leurs nouvelles.

Seront-ils eux aussi dédommagés par la Confédération suisse en raison de mauvais traitements subis suite à leur renvoi forcé par la Suisse ? En effet, deux Tamouls ont déjà été dédommagés par la Suisse après avoir été arrêtés et torturés après leur renvoi au Sri Lanka. La dernière décision en date vient d’ailleurs d’être rapportée ce dimanche 11 mars par la SonntagsZeitung et la Zentralschweiz Sonntag. Après un recours au Tribunal fédéral, un arrangement extrajudiciaire a été proposé à l’avocat du Tamoul torturé suite à son renvoi par le Département des finances. Combien de cas similaires la justice suisse devra-t-elle encore juger suite à ces nouveaux renvois forcés ?

Nous accusons le SEM, mais aussi le Conseiller d’État Leuba et le SPOP de non-assistance à personne en danger. Expulser ces jeunes vers le Sri Lanka et ses dangers est aussi criminel que les agissements du gouvernement sri lankais.
Nous exigeons l’arrêt immédiat de tout renvoi au Sri Lanka et l’octroi d’un permis stable à ses ressortissants qui luttent depuis longtemps pour plus de justice. Droit de rester pour tou.te.s appelle à manifester contre les renvois aux Sri Lanka mercredi prochain 21 mars à Lausanne. Un rassemblement aura lieu à 17h30 à la Place Chauderon. La manifestation traversera le centre ville avant de se terminer symboliquement devant le Tribunal fédéral.

jeudi 8 mars 2018

Violence contre les femmes : L’indifférence du SEM



2 mars 2018 
 « Nous devions quitter la Côte Ivoire à cause des menaces, parce que nos familles désapprouvaient notre mariage. Un ami nous a proposé d’aller en Libye et de nous aider à y trouver du travail. Il était commerçant. Il faisait souvent les allers-retours et il connaissait bien la route et le pays. Nous sommes partis avec lui et sa famille (son épouse et son enfant), dans sa voiture. Le voyage était difficile et a duré une semaine. Il y avait des check-points partout pour le contrôle des ethnies et nous devions souvent traverser à pied par la brousse pour les contourner. Après, il a fallu payer les passeurs parce qu’on ne pouvait pas franchir la frontière du Niger. Notre ami connaissait les passeurs et il a payé. Nous sommes entrés en Libye. Il ne pouvait pas nous garder chez lui, car il vivait dans une pièce avec sa famille, mais il nous a adressés à une famille arabe.
Chez cette famille, nous avons vécu en 2014 et 2015 dans une pièce. Mon mari partait travailler pour le bâtiment et la construction tandis que je faisais les tâches ménagères et la cuisine chez nos logeurs.
Puis les troubles ont éclaté subitement. Les avions passaient au-dessus de nos têtes et la population arabe s’est subitement soulevée contre les noirs. Nous vivions dans le quartier où se trouvaient une majorité de populations d’origine noire africaine et une minorité d’Arabes. Ils savaient à quelles portes frapper, car ce sont les Arabes qui nous louaient nos logements. Ils étaient armés. Ils cassaient les portes et emportaient les gens. La famille nous a alertés pour que nous fuyions, mais nous n’avons pas su ce qui se passait et nous ne savions pas où aller. Peu après, nous avons été pris aussi. Ils ont emmené mon mari je ne sais où et, avec ma fille de 10 ans, nous avons été conduites dans une espèce de prison pour les femmes.
C’était un endroit vaste, comme un terrain vague, avec des barres de fer autour, une balustrade. Nous étions très nombreuses et serrées les unes contre les autres. Certaines avaient des nouveau-nés ou des petits avec elles, d’autres étaient enceintes et même certaines ont accouché dans cet endroit, directement par terre, sans aucune assistance médicale. Nous dormions à même le sol, serrées les unes contre les autres. On ne pouvait même pas payer de rançon pour être libérées. Avec ma fille, nous sommes restées trois semaines là-dedans. La nuit, quand le patron de la prison n’était pas là, les petits gardes nous surveillaient. Ils faisaient du trafic. Ils nous vendaient à d’autres Arabes, qu’ils amenaient. Ils ouvraient la prison et leur faisaient choisir celles qui leur plaisaient. Celles qui refusaient étaient abattues sur place, directement, devant tout le monde. Il y en a une qui a été assassinée juste devant mes yeux. On lui a tiré dans la poitrine. Il y avait du sang partout et elle suffoquait en mourant. C’était terrifiant. Ils m’ont prise toutes les nuits. J’ai été violée et brutalisée toutes les nuits. Des fois ils étaient cinq, des fois ils étaient dix, des fois ils étaient trois. Chaque nuit ils venaient et ça recommençait. A un moment, dans la prison, ils sont venus pour acheter une fille dans l’après-midi, et ils ont choisi une petite fille, mais sa mère n’a pas voulu. […] […] Je ne peux pas raconter la suite. […] Ils choisissaient et tout se passait au milieu et devant tout le monde. Ils nous violaient sur place. Quand ce n’était pas mon tour, je serrais ma fille contre moi pour qu’elle ne regarde pas. Mais elle entendait les cris et les bruits et elle pleurait.
Notre patron connaissait certains des ravisseurs. Grâce à Dieu, il a pu négocier avec eux et il a payé une rançon. Ils ont accepté de nous laisser nous enfuir. Nous avons quitté comme des évadées, en rampant par terre avec ma fille, pour nous cacher. Il y avait des problèmes de rivalités entre gangs qui nous échappaient, mais j’avais compris que c’était dangereux, qu’ils n’étaient pas tous au courant, et que nous risquions d’être attrapées. 
Nous avons traversé par la mer. J’ai eu très peur parce que nous savions que beaucoup de gens meurent noyés. Mais nous avons été secourus et amenés en Italie. Nous avons d’abord été hébergés sous une bâche avec notre fille, pendant presque deux mois. L’endroit était juste un terrain non aménagé. Il n’y avait pas de sanitaires et les gens devaient faire leurs besoins par terre. Mon mari a eu la chance de trouver du travail à la journée, 25 euros par jour, pour ouvrir les huitres. Après nos plaintes, parce que ce n’était pas une vie, nous avons été transférés dans une ville et hébergés dans un vieil immeuble pour demandeurs d’asile.
Dans cet endroit, l’eau entrait dans la chambre et il fallait régulièrement éponger. Les matelas étaient vieux et sales, posés à même le sol. Ils étaient mouillés. Quand nous nous sommes plaints auprès du personnel d’intendance, ils nous ont menacés de nous enlever notre fille pour la remettre aux services sociaux, en faisant un faux rapport ! J’étais effrayée à l’idée d’être séparée d’elle. On ne nous donnait que des spaghettis à manger et parfois la nourriture était avariée. Nous avons trouvé des asticots dans nos repas. C’était insupportable pour moi. Je souffrais et je n’avais personne à qui parler. On ne s’occupait pas de nous. Notre fille n’allait pas à l’école et je la savais dans la même détresse que moi. Je ne savais pas quoi lui dire. Nous étions dans le centre et c’est tout. Nous sommes restés 4 ou 5 mois dans cet endroit qui était insalubre à cause de l’humidité, puis nous avons quitté pour la Suisse.
Au centre fédéral à Vallorbe et à Perreux, c’était difficile. Nous sommes restés pendant trois mois avec notre fille, sans savoir ce qu’on allait faire de nous. A Vallorbe, nous n’avions pas accès aux soins. Mon mari est tombé une fois. Il a dû faire une sorte de crise de panique ou de stress, je ne sais pas au juste. L’infirmière du centre lui a juste donné un verre d’eau en disant que ça ira mieux, que c’était un peu de fatigue. Un verre d’eau, vous vous rendez compte ? Il a fait une nouvelle chute le 1er février. Cette fois nous étions à Lausanne. Il s’est mis à délirer. Il croyait qu’il était en Libye et il ne savait plus où il était et son psychologue a décidé de l’hospitaliser. Quand j’ai été lui rendre visite, il ne me reconnaissait pas et il parlait de choses qui n’étaient pas normales. Il est resté trois semaines à l’hôpital.
Nous avons reçu une décision Dublin de renvoi vers l’Italie et le recours a été rejeté en quelques jours. Nous étions encore au centre fédéral. En Italie nous n’avions pas de prise en charge médicale. Ma fille devenait dépressive à cause de ce que nous avions vécu en Libye. Il n’y avait que des pâtes à manger, tous les jours, tous les jours des pâtes, des pâtes. Au bout d’un moment, elle ne voulait plus manger et je ne savais pas quoi faire. Elle n’avait aucune activité là-bas. Elle n’allait pas à l’école. Elle et moi, nous pensions tout le temps à ce que nous avions vécu et nous n’avions personne à qui parler. Nous étions seules avec des problèmes qui nous dépassaient et nous avaient gravement choquées et meurtries.
Ici, ça va. Ma fille fait du théâtre et elle va beaucoup mieux. Elle est contente d’aller à l’école et elle suit bien. Elle essaye d’oublier. Nous avons trouvé des activités pour les enfants sur internet et elle y va tous les mercredis. Moi aussi, je suis une psychothérapie de soutien et j’essaie d’oublier.
Nous sommes toujours menacés d’être renvoyés en Italie manu militari par la police, débarquant en nombre au petit matin dans notre domicile quand nous serons encore au lit. C’est comme ça qu’ils font ici. Chaque heure je prie Dieu que notre fille n’ait pas à vivre ça. Je ne supporte plus toute cette brutalité. Je veux seulement vivre en paix et que ma fille puisse continuer d’aller à l’école. »
Dans cette affaire, ni le SEM, ni le Tribunal (TAF) n’ont pris en considération la gravité des violences vécues par chacun des membres de la famille. Celles-ci n’avaient pas même pu être exposées au cours de l’audition expéditive que conduit le SEM dans les situations « Dublin », portant sur les vagues motifs d’asile et les vagues arguments contre un renvoi en Italie. Les gens ne sont pas entendus et leurs problématiques médicales sont ignorées, simplement en les privant d’accès à un médecin pendant toute la durée de la procédure, ce qui empêche tout diagnostic. « Vous serez soignés dans le canton », leur répète-t-on. Mais trois mois plus tard, lorsqu’ils sont enfin attribués à un canton, le recours au TAF est déjà rejeté, et ils ne doivent plus attendre que l’exécution de leur renvoi.
Les autorités, censées statuer sur la protection que la Suisse offrirait aux victimes de tortures, ont dénié les violences endurées par cette famille et leur douleur. Elles ont organisé la procédure de telle sorte que les événements importants concernant leur demande de protection ne puissent pas être formulés à temps. La famille est maintenant exposée à une exécution forcée du renvoi. Le canton de Vaud a déjà prononcé une assignation à résidence, c’est-à-dire prépare une descente de police prochainement au centre EVAM de Valmont pour une opération de renvoi musclée, à l’encontre de personnes ayant subi des atteintes extrêmes et multiples à leur intégrité, donc fragilisées, désorientées et déstabilisées.
L’enfant elle-même a été témoin d’horreurs effroyables qu’elle ne peut pas expliciter à son âge. L’arrivée soudaine de la police pendant son sommeil et le changement radical de son environnement induit par l’exécution du renvoi seront une nouvelle expérience de la force extrême des adultes sur son existence, et de l’impossibilité que ses parents ont de la protéger, une nouvelle atteinte contre son sentiment de sécurité. En tant qu’enfant, sa situation personnelle est négligeable du point de vue des autorités qui considèrent qu’elle ne fait que suivre le sort de ses parents.
La procédure de renvoi Dublin fonctionne ainsi comme un multiplicateur de violence, un processus administratif par lequel la torture est niée ou ignorée, dans le but politique impérieux de renvoyer hors du territoire suisse le plus grand nombre possible de requérants d’asile considérés, en tant que tels, comme indésirables. L’objectif de répression dépasse de très loin toute considération en rapport avec les fondements mêmes des droits de l’homme, qui sont la lutte contre la torture et la protection accordée aux victimes d’actes inhumains et dégradants.

Pour citer ou reproduire l’article :
Violence contre les femmes : l’indifférence du SEM, mars 2018, http://droit-de-rester.blogspot.ch/

lundi 5 mars 2018

Des dizaines de personnes menacées d’être renvoyées au Sri Lanka, au péril de leur vie !



Des dizaines de personnes menacées d’être renvoyées au Sri Lanka, au péril de leur vie !
Ce mardi à 13h30 le Collectif Droit de rester déposera en urgence une pétition au Grand Conseil pour demander la suspension immédiate du renvoi de Ratnasingam Rajeepam, 32 ans, et son frère Ratnasingam Rajkumar, 34 ans, vers le Sri Lanka.
Les frères Ratnasingam sont en Suisse depuis près de 8 ans. Ils ont fui un pays en guerre et sont désormais menacés d’être renvoyés vers le Sri Lanka où ils risquent d’être mis en prison et torturés.
La situation des deux frères n’est pas unique. Le Collectif Droit de rester est très inquiet par les pressions que subissent actuellement les réfugiés tamouls. Nombreux d’entre eux habitent le canton de Vaud depuis plusieurs années et sont bien intégrés. La situation au Sri Lanka est toujours extrêmement préoccupante, mais le Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM) continue de renvoyer des personnes déboutées, au mépris des risques qu’elles courent en rentrant.
N’oublions pas qu’en 2013 un réfugié expulsé avait été arrêté et torturé à son retour. De nombreux indices laissent penser que la situation ne s’est pas améliorée, mais le SEM a repris les renvois. Par exemple, la chaîne Al Jazeera vient de publier un reportage dénonçant la poursuite des tortures systématiques et particulièrement cruelles des opposants politiques.
Les renvois doivent cesser immédiatement et les situations des demandeurs d’asile du Sri Lanka doivent faire l’objet d’un réexamen attentif !
Le Collectif Droit de rester soutient activement les réfugiés et demandeurs d’asile tamouls, et continuera de lutter pour que leur droit à l’asile et à la protection soit reconnu.

Pour le droit à l'accès à l'emploi pour tou·te·s: pétition en ligne


Indigné par la situation des nombreuses personnes forcées à l’inactivité malgré une formation et des possibilités d’emploi qui leur permettraient de contribuer activement à la société, le collectif Droit de rester lance aujourd’hui une pétition cantonale pour réclamer le droit à l’accès à l’emploi pour tou·te·s. Dans le canton de Vaud, plus de 800 personnes déboutées de l’asile vivent sans avoir le droit de se former ou de travailler. Nombre d’entre elles habitent pourtant ici depuis des années. Le droit au travail, comme à la formation, est un droit fondamental. La situation des jeunes est particulièrement dramatique. Arrivé·e·s en Suisse souvent mineur·e·s, ils et elles ont fait l’école obligatoire dans le canton, avant de commencer un apprentissage, et de le terminer lorsqu’il n’est pas interrompu par la fin d’une procédure d’asile. Malgré leur formation, ces jeunes se retrouvent ensuite sans activité, condamné·e·s à une assistance minimale alors qu’ils et elles ont des compétences reconnues qui pourraient profiter à tout le monde. Il en va ainsi par exemple de M.A.K., d’origine ivoirienne, qui a obtenu un CFC en soins communautaires, avant de recevoir une interdiction de travail. Habitant Lausanne depuis 7 ans, M.A.K explique : « Je me sens inutile, on m’assujettit en me condamnant au rang d’assisté au strict minimum vital, dans l’anonymat total, désoeuvré avec l’interdiction de travailler malgré ma bonne volonté et ma promesse d’engagement. Psychiquement ce système est dégradant et inhumain. »
La pétition est d’ores et déjà soutenue par le syndicat SUD, les jeunes POP Vaud, la coordination Asile du Chablais, SolidaritéS, Droit de rester Neuchâtel, et plusieurs personnalités politiques, dont le municipal David Payot, les député·e·s Léonore Porchet et Raphael Mahaim, l’ancienne conseillère nationale Anne-Catherine Ménétrey-Savary. Le collectif lance aujourd’hui une pétition demandant au canton d’octroyer des permis de travail aux personnes qui vivent ici et en soutenant leurs demandes de régularisation auprès du SEM à Berne. Cette mesure favoriserait grandement l’équilibre psychique des personnes concernées et le vivre ensemble dont nous avons tou·te·s besoin. Le collectif Droit de rester dénonce depuis plusieurs années les conditions de (sur)vie faites aux personnes qui dépendent de l’aide d’urgence, alors même que la plupart du temps leur renvoi n’est tout simplement pas possible. Les maintenir dans un système qui leur interdit de travailler est une aberration.


mardi 13 février 2018

Femme isolée, âgée et malade : 90 jours au centre fédéral

9 février 2018
Rachel a dû faire ses trois mois au centre fédéral de Vallorbe. Elle y aura passé toutes les fêtes de fin d’année alors que sa procédure d’asile était terminée depuis le 28 novembre lorsque le SEM a rendu une décision négative et de renvoi de Suisse. Elle est sans famille dans ce grand centre de vie collective où on mange à la cantine bruyante en faisant la queue son plateau à la main avec 150 autres personnes, essentiellement des hommes, et où on dort dans la promiscuité et le manque d’intimité dans des dortoirs collectifs sur des lits superposés étroits, collés deux à deux pour gagner de l’espace, plantés le long des murs en rang, autant que la pièce peut en contenir. « Les gens viennent et partent et moi je suis toujours là. Je suis fatiguée et angoissée. La nuit je ne dors pas. J’ai mal à la tête. J’ai des problèmes de haute tension, à 170, 140, 150… Je suis très angoissée par mon état, mais ils ne veulent pas que j’aille chez le médecin. J’ai vu seulement un gynécologue, une fois, pour un contrôle. Je supplie chaque jour pour aller voir un médecin. Ils me donnent du paracétamol et me disent d’attendre mon transfert. Cela fait trois mois que j’attends. Tous les jours je vais supplier Monsieur Olivier pour mon transfert, mais c’est toujours « plus tard, plus tard ». Il y a des jeunes qui sont restés deux mois, et moi, j’ai 55 ans, je suis toujours là… [pleurs] … [pleurs] … [pleurs] … J’ai besoin de voir une psychologue… Je suis à bout. »

Les raisons pour lesquelles les gens, et particulièrement les personnes souffrantes ou socialement plus exposées, doivent rester pendant des semaines voire des mois dans un centre fédéral aménagé comme un hall de gare (mais sans les lumières des magasins) restent mystérieuses. Serait-ce pour favoriser les échanges interculturels entre les populations, pour la création d’un espace de vie communautaire solidaire, ou pour le développement des activités économiques locales par l’offre d’emplois de service d’intendance, de conseil en santé naturelle et d’agent de sécurité ? Impossible de comprendre. Il n’y a pas de raison autre que répressive en réalité, une volonté délibérée de garder les gens sous l’emprise de l’autorité, en situation semi-carcérale, dans la dépendance de survie et la soumission aux injonctions et autres règlements internes. C’est une volonté d’humiliation, c’est-à-dire d’écrasement de la liberté personnelle. Lorsque le quotidien est réglé par l’autorité, on perd sa qualité d’individu libre et autonome, c’est-à-dire sa dignité.

À la question « pourquoi faut-il rester trois mois voire quatre mois dans un centre fédéral ? », le SEM répond: « c’est parce qu’il y a un recours contre notre décision négative ». Quel rapport ??! Ou bien : « C’est parce que c’est la loi. » Trop facile… Même pour la notification de la décision de renvoi, la présence au centre fédéral n’est pas nécessaire. Les gens la reçoivent sous forme de courrier remis à l’entrée sans aucune explication. Cela revient au même que de retirer l’enveloppe de la boîte aux lettres à son domicile. Il n’y a que les actes de saisie des empreintes digitales et d’audition des personnes en présence d’un interprète qui peuvent justifier l’obligation de maintenir les gens au centre fédéral. Ces actes sont généralement accomplis pendant la première semaine du séjour. Au-delà de 7 jours, la prolongation de l’assignation au centre dévalorise les personnes, les démoralise et les épuise.

D’une manière générale, le critère de vulnérabilité des femmes isolées a disparu des préoccupations des autorités fédérales. Les autorités n’ignorent pourtant pas qu’elles proviennent de milieux sociopolitiques discriminants et que la plupart d’entre elles ont déjà été victimes d’abus et de violences.

Rachel par exemple est une femme séparée d’un mari alcoolique et violent. Ce fait seul devait entraîner son attribution rapide à un canton. Il fallait ajouter à cela qu’elle a besoin de voir un médecin, qu’elle est une femme isolée alors que la population du centre est essentiellement masculine ce qui est inapproprié, et qu’elle est une femme d’un certain âge, qui a besoin d’intimité, de repos et de pouvoir cuisiner ses propres repas selon ses propres horaires. Les nuits dans les dortoirs collectifs et les repas de pâtes huileuses au thon ne sont pas appropriés non plus. Ce régime de vie en soi manque de respect à son égard. C’est sans compter les fouilles et les contrôles de documents par des agents de sécurité en uniforme à chaque sortie/entrée du centre, l’assignation à des tâches ménagères et les interdictions de sorties dont elles sont assorties, et les violences verbales ou physiques quotidiennes au vu et au su de tous. Les résidentes comme Rachel sont contraintes d’en être les témoins, simplement parce qu’elles sont là. Dans ce milieu très discipliné et contrôlé, où aucune activité n’est prévue autre que d’attendre pendant des jours et des jours, les bagarres sont fréquentes, entre les requérants d’asile, ou à l’entrée lorsque les agents de sécurité se disputent avec les jeunes hommes d’origine africaine, arabophone, afghane ou d’Europe de l’est, peu importe.

D’une manière générale, les femmes, les enfants, les personnes âgées ou malades en pâtissent plus lourdement. Leur situation individuelle n’est pas prise en compte. Le SEM n’a qu’un seul objectif : faire sa loi, plier la population requérante d’asile à sa discipline, à ses instructions, à son ordre juridique, celui de l’autorité toute puissante. Les femmes ou les vieux n’ont qu’à s’adapter.

Pour citer ou reproduire l’article :

Femme isolée, âgée et malade : 90 jours au centre fédéral, février 2018, http://droit-de-rester.blogspot.ch/

lundi 12 février 2018

Pétition en faveur de la famille Martseniuk

Cela fait 4 ans que Mme Mariia Martseniuk et son époux M. Valerii Martseniuk, ainsi que leurs enfants Marta, 12 ans, et Vladyslav, 11 ans, vivent en Suisse, et depuis 2016 au Foyer EVAM de Ste-Agnès à Leysin. Chiasso, Biasca, Ste-Croix, Le Mont-sur-Lausanne et enfin Leysin, sont les étapes du parcours de requérants d’asile de la famille Martseniuk. Ces derniers ont fui la guerre et la discrimination raciale en Ukraine en mars 2014. Les quatre membres de la famille Martseniuk font actuellement l’objet d’une assignation à résidence au Foyer EVAM Ste-Agnès à Leysin en vue d’un renvoi, car leur demande d’asile n’a pas été acceptée.

Dans la station des Alpes vaudoises, la famille Martseniuk est unanimement appréciée. Les enfants sont particulièrement bien intégrés au sein de l’Etablissement scolaire Leysin – Les Ormonts. M. Valerii Martseniuk – interprète s’exprimant aussi bien en ukrainien, russe, polonais, italien et français – travaille en tant qu’auxiliaire pédagogique pour des étudiants apprenant le français. Il est aussi actif au sein de la société théâtrale de Leysin. Mme Martseniuk terminera, pour sa part, sa formation d’auxiliaire de santé en avril. Ainsi, la famille pourra rapidement être indépendante financièrement. Toute la famille est un exemple d’intégration réussie. Un retour forcé en Ukraine serait particulièrement dramatique pour les 2 enfants et pour Mme Martseniuk. En effet, après 4 ans de scolarisation en Suisse – pendant lesquels ils ont appris à lire et à écrire – réintégrer une école en Ukraine dans une autre langue et un contexte socioculturel différent mettrait en danger leur bon développement.

Nous, soussignés, demandons au Grand Conseil du canton de Vaud et au Conseil d’Etat de ne pas exécuter le renvoi de cette famille pour lui donner une chance d’avenir.

Signez la pétition