Pendant près de 4 mois, nous avons tenu un refuge pour des requérant-e-s d'asile menacé-e-s de renvoi. Cette action de solidarité a fait avancer le dossier de quelques personnes et les a protégés de l'expulsion. La fermeture du refuge ne signifie pas pour autant l’arrêt de notre résistance vis-à-vis de la politique de refus d’asile aux personnes qui en font la demande.
Nous dénonçons une fois de plus la situation des personnes déboutées de l'asile soumises au régime de l'aide d'urgence (privation de toute aide sociale, hébergement collectif contraint, en principe aucun argent). Depuis des années, ces personnes croupissent dans des centres, sont privées des droits de base et de toute dignité, sont déplacées comme des marchandises d’un bout à l'autre du canton et d'un centre à l'autre, quand elles ne sont pas enfermées dans des abris PC sous-terrains. Condamnées à l’inactivité par l’interdiction de travail, ces personnes, hommes, femmes et enfants, vivent constamment dans l’angoisse d’une arrestation, d’un renvoi forcé. Cette angoisse leur enlève toute force de vie et les rende malades. Seule leur détermination à ne pas quitter la Suisse reste intacte, dictée par l’impossibilité d’un retour dans le pays d’origine dans la dignité.
Néanmoins l’Etat reste sourd et aveugle face à cette réalité et persiste à vouloir les expulser par la force en leur refusant protection et respect de leurs droits. Mais les autorités sont-elles conscientes de l’aberration d’une telle politique ? Se rendent-elles compte qu'elles ne cessent de multiplier des outils de répression coûteux et honteux contre des êtres humains à qui on refuse de plus en plus de droits?
La Suisse et le canton perdent une occasion de construire une vraie politique d’accueil, en reconnaissant des droits à ces personnes qui vivent ici depuis des années et font la richesse et la diversité de notre société. Avec cet aveuglement, la Suisse et le canton vont droit dans le mur : cette politique coûte très cher au canton, sépare les citoyens en « bons » et « mauvais », criminalise les personnes à l’aide d’urgence et crée un climat d’insécurité et de peur inadmissible. Ceci ne fait que qu'intensifier les forces déjà trop présentes dans le canton qui poussent vers toujours plus de fermeture, de renfermement et de discrimination raciste. Rien n'arrêtera l’arrivée inévitable de refugié-e-s des pays appauvris et déstabilisés. L’arrivée importante de ressortissant-e-s de Tunisie en Italie est la preuve.
Nous demandons un vrai changement: une politique qui octroie des droits aux migrant-e-s venu-e-s chercher un refuge et une vie digne et qui favorise la régularisation de leur statut de séjour. Nous demandons également que les débouté-e-s de l'asile ne soient plus soumis-e-s au régime discriminatoire et inhumain de l'aide d'urgence, et qu'elles et ils ne soient plus interdit-e-s de travail.
La politique du siège éjectable et le refrain de l'abus
Les lois actuelles sur l’asile n’ont fait que criminaliser les migrant-e-s et instaurent un climat de suspicion, qui renforce le racisme. Cette politique instaure l'image de l'étranger synonyme de problème et d'abus et met en question l’Etat de droit (droits fondamentaux) et l’Etat social (droit à des prestations). Ce qui arrive aux requérant-es d’asile aujourd’hui n’est que l’exemple de ce que vont subir les les plus fragilisé-es parmi les Suisses demain, et que subissent déjà de nombreuses personnes précarisées.
Réagissons et refusons une telle logique discriminatoire!
tract du 19 février 2011
samedi 19 février 2011
Rejetons le racisme et la discrimination envers les migrant-e-s
vendredi 4 février 2011
Après quatre mois de refuge, le Collectif Droit de Rester retourne dans la rue
En octobre 2010 s’ouvrait un refuge à l’Eglise St-Jacques pour protéger plusieurs personnes sans statut légal concrètement menacées de renvoi, mais aussi et surtout pour attirer l’attention de la population et des autorités sur le caractère insoutenable de la situation des requérant-e-s débouté-e-s de ce canton, plongé-e-s depuis des années dans un quotidien de contrainte, de misère et dans la peur constante d’un renvoi vers un pays où elles/ils n’ont pas ou plus de liens.
Aujourd’hui, suite à nos divergences avec les autorités des églises catholique et protestante nous fermons le dernier refuge à l’Eglise St. Esprit de Lausanne.
Nous regrettons que les Eglises ne mettent pas à profit leur autorité morale et symbolique pour dénoncer les conditions de vie faites à des centaines de personnes sans statut qui ne demandent qu’à vivre normalement. En leur tournant le dos et en refusant de soutenir leur droit à une vie digne, elles renient leurs valeurs les plus fondamentales et se rendent complices des politiques discriminatoires et attentatoires à la vie des migrant-e-s.
Pendant les 4 mois de refuge, de nombreuses personnalités politique ou individuelles, des paroisses, des paroissiennes et paroissiens ont manifesté leur soutien aux personnes soumises au régime de l’aide d’urgence et à notre action.
Fort-es de ce soutien, nous sommes déterminé-e-s à poursuivre notre lutte pour des régularisations. Nous attendons des instances cantonales et fédérales qu’elles ouvrent enfin des portes à celles et ceux qui veulent construire une nouvelle vie. Les autorisations de séjour sont le premier pas pour permettre aux gens de vivre en paix. Nous dénonçons l’absurdité de politiques qui visent à enfermer les requérant-e-s d’asile dans des non-lieux, les excluant de la société ce qui coûte des sommes faramineuses, alors que la plupart de ces personnes pourraient être autonomes.
Aujourd’hui, nous invitons les représentant-e-s de la société civile à réclamer du département de M. Leuba des critères de régularisation plus larges et plus en lien avec la réalité. Ce débat ne doit évidemment pas s’arrêter au niveau du canton, mais aussi être relayé à Berne.
La démocratie nous appartient…faisons-la vivre dans notre vision d’ouverture ! Cessons de fermer les yeux et demandons plus de justice et d’équité !
Une autre Suisse est possible et nécessaire et notre lutte continue !
lundi 31 janvier 2011
Découragé-s mais encore là
Un nouveau film de a-films, dont on peut saluer le bon travail.
Ce qu'en dit A-films:
"Depuis janvier 2008, tous les requérants d’asile déboutés n’ont plus droit qu’à l’aide d’urgence. Celle-ci est fournie différemment selon les cantons. L’aide d’urgence n’est cependant pas d’abord une prestation d’aide, mais est surtout un instrument de la politique de dissuasion dans le cadre de la 'lutte contre la migration'. L’idée perfide qui se cache là derrière est que plus la précarisation des personnes sans statut légal est grande, plus il est probable qu’elles quittent la Suisse.
Toutefois, pour différentes raisons, bien des requérants déboutés ne partent pas mais essaient de se soustraire au contrôle étatique et passent dans la clandestinité. D’autres s’adressent durablement à l’aide d’urgence et vivent péniblement en marge de la société en subissant, dans leur précarité, les tracasseries ciblées des autorités. Les prestations de l’aide d’urgence permettent à peine de survivre mais sont loin de garantir une vie dans la dignité."
"Notre court métrage de 25 minutes montre, à l’aide du témoignage de trois personnes sans-papiers, ce que peut signifier concrètement de vivre sous le régime de l’aide d’urgence. La question des motifs pour lesquels ces personnes sont venues en Suisse est volontairement laissée de côté. A notre avis, elle n’est pas pertinente dans le contexte de la problématisation du système de l’aide d’urgence. "
Le collectif de média autonome 'a-films' suit depuis plus de deux ans la lutte politique des migrants en Suisse. Le groupe a publié de nombreux reportage et courts métrages accessible sur leur site: http://a-films.blogspot.com/2009/03/150309fr.html
Ce qu'en dit A-films:
"Depuis janvier 2008, tous les requérants d’asile déboutés n’ont plus droit qu’à l’aide d’urgence. Celle-ci est fournie différemment selon les cantons. L’aide d’urgence n’est cependant pas d’abord une prestation d’aide, mais est surtout un instrument de la politique de dissuasion dans le cadre de la 'lutte contre la migration'. L’idée perfide qui se cache là derrière est que plus la précarisation des personnes sans statut légal est grande, plus il est probable qu’elles quittent la Suisse.
Toutefois, pour différentes raisons, bien des requérants déboutés ne partent pas mais essaient de se soustraire au contrôle étatique et passent dans la clandestinité. D’autres s’adressent durablement à l’aide d’urgence et vivent péniblement en marge de la société en subissant, dans leur précarité, les tracasseries ciblées des autorités. Les prestations de l’aide d’urgence permettent à peine de survivre mais sont loin de garantir une vie dans la dignité."
"Notre court métrage de 25 minutes montre, à l’aide du témoignage de trois personnes sans-papiers, ce que peut signifier concrètement de vivre sous le régime de l’aide d’urgence. La question des motifs pour lesquels ces personnes sont venues en Suisse est volontairement laissée de côté. A notre avis, elle n’est pas pertinente dans le contexte de la problématisation du système de l’aide d’urgence. "
Le collectif de média autonome 'a-films' suit depuis plus de deux ans la lutte politique des migrants en Suisse. Le groupe a publié de nombreux reportage et courts métrages accessible sur leur site: http://a-films.blogspot.com/2009/03/150309fr.html
lundi 24 janvier 2011
Rupture entre le Collectif Droit de Rester et les Eglises
Le Collectif Droit de Rester se voit dans l’obligation de quitter le refuge actuel à l’Eglise St. Esprit de Lausanne, ne pouvant pas accepter les conditions posées par les Eglises pour la poursuite de notre collaboration.
En effet, suite à une rencontre avec le Conseiller d’Etat Philippe Leuba, les responsables des deux Eglises, catholique et protestante, nous ont demandé lundi passé de fermer le refuge du jour au lendemain, alors que deux paroisses étaient prêtes à nous accueillir. Elles sont par la suite revenues sur leur décision après une discussion avec des membres du Collectif et d’autres soutiens en nous proposant une paroisse hors Lausanne. Plus grave encore, elles nous imposent d’exclure du refuge une des deux personnes qui y séjournent actuellement.
En effet, elles ont voulu poser des conditions concernant les personnes en refuge, notamment le fait qu’elles voulaient que « quelque chose soit encore possible » du point vu juridique au lieu de faire pression sur les critères de sélection pratiqués par les autorités, ce que demandaient les collectifs engagés. C’est sur cette base qu’elles ont exclu T. de leur protection et ceci en dépit du soutien déclaré par plusieurs député-e-s, par des responsables d’organisations de défense des droits humains et des migrants et par des personnalités du canton. Nous revoilà donc une fois de plus confrontés avec la séparation entre « bon-ne-s et mauvais-e-s refugié-e-s » ou si vous voulez, les « vrai-e-s et le faux-sses refugié-es » !
Pendant les 100 jours d’existence du refuge, nous avons accepté les conditions des Eglises à savoir, entre autres, le refus de nous laisser nous installer plus que 3 semaines dans le même lieu, nous contraignant à une précarité et nous éloignant des personnes migrantes qu’il est difficile d’informer. Elles nous ont constamment affirmé qu’il était extrêmement difficile de trouver des paroisses prêtes à nous accueillir, nous laissant toujours dans l’expectative de nous retrouver sans toit jusqu’au dernier moment, arguant de leur bonne foi et du respect démocratique de leur base, alors que nous savons que plusieurs paroisses auraient été prêtes à héberger le refuge.
Aujourd’hui, nous ne pouvons accepter que les Eglises lâchent les personnes les plus démunies, des personnes que le système a exclues durant des années. Les autorités des Eglises jouent le jeu de l’Etat et de leur « patron » Philippe Leuba, en tentant de diviser notre mouvement.
Nous ne nous laisserons pas diviser, nous ne voulons plus être baladé-e-s par des autorités ecclésiastiques qui s’intéressent davantage aux règlements administratifs qu’aux messages de solidarité et de protection des faibles défendus par l’Evangile. En tournant le dos aux requérant-e-s d'asile débout-é-e-s, en refusant de soutenir leur droit à une vie digne et préférant lisser le pouvoir dans le sens du poil, les autorités des Eglises se rendent complices des politiques discriminatoires et attentatoires à la vie des migrantes et des migrants.
Mais notre lutte continue. Une autre Suisse est possible et nécessaire.
Collectif Droit de rester pour toutes et tous, 24 janvier 2011
En effet, suite à une rencontre avec le Conseiller d’Etat Philippe Leuba, les responsables des deux Eglises, catholique et protestante, nous ont demandé lundi passé de fermer le refuge du jour au lendemain, alors que deux paroisses étaient prêtes à nous accueillir. Elles sont par la suite revenues sur leur décision après une discussion avec des membres du Collectif et d’autres soutiens en nous proposant une paroisse hors Lausanne. Plus grave encore, elles nous imposent d’exclure du refuge une des deux personnes qui y séjournent actuellement.
En effet, elles ont voulu poser des conditions concernant les personnes en refuge, notamment le fait qu’elles voulaient que « quelque chose soit encore possible » du point vu juridique au lieu de faire pression sur les critères de sélection pratiqués par les autorités, ce que demandaient les collectifs engagés. C’est sur cette base qu’elles ont exclu T. de leur protection et ceci en dépit du soutien déclaré par plusieurs député-e-s, par des responsables d’organisations de défense des droits humains et des migrants et par des personnalités du canton. Nous revoilà donc une fois de plus confrontés avec la séparation entre « bon-ne-s et mauvais-e-s refugié-e-s » ou si vous voulez, les « vrai-e-s et le faux-sses refugié-es » !
Pendant les 100 jours d’existence du refuge, nous avons accepté les conditions des Eglises à savoir, entre autres, le refus de nous laisser nous installer plus que 3 semaines dans le même lieu, nous contraignant à une précarité et nous éloignant des personnes migrantes qu’il est difficile d’informer. Elles nous ont constamment affirmé qu’il était extrêmement difficile de trouver des paroisses prêtes à nous accueillir, nous laissant toujours dans l’expectative de nous retrouver sans toit jusqu’au dernier moment, arguant de leur bonne foi et du respect démocratique de leur base, alors que nous savons que plusieurs paroisses auraient été prêtes à héberger le refuge.
Aujourd’hui, nous ne pouvons accepter que les Eglises lâchent les personnes les plus démunies, des personnes que le système a exclues durant des années. Les autorités des Eglises jouent le jeu de l’Etat et de leur « patron » Philippe Leuba, en tentant de diviser notre mouvement.
Nous ne nous laisserons pas diviser, nous ne voulons plus être baladé-e-s par des autorités ecclésiastiques qui s’intéressent davantage aux règlements administratifs qu’aux messages de solidarité et de protection des faibles défendus par l’Evangile. En tournant le dos aux requérant-e-s d'asile débout-é-e-s, en refusant de soutenir leur droit à une vie digne et préférant lisser le pouvoir dans le sens du poil, les autorités des Eglises se rendent complices des politiques discriminatoires et attentatoires à la vie des migrantes et des migrants.
Mais notre lutte continue. Une autre Suisse est possible et nécessaire.
Collectif Droit de rester pour toutes et tous, 24 janvier 2011
vendredi 21 janvier 2011
Expulsée dans l'indifférence générale: témoignage video
Jeudi on vous racontait l'histoire de l'expulsion de la maman de Boris (nom d'emprunt) que le collectif soutient au refuge. Voici un témoignage vidéo à diffuser.
La video se trouve sur YouTube
La video se trouve sur YouTube
Lettre au conseil synodal de l'Eglise réformée vaudoise et au Conseil de l'Eglise catholique vaudoise
Au Conseil synodal de l'Eglise réformée vaudois
Au Conseil de l'Eglise catholique vaudoise
Fermeture du refuge
Lausanne, le 20 janvier 2010
Mesdames, Messieurs,
Le 17 janvier 2011, vous avez décidé de fermer le refuge qui avait été ouvert en octobre 2010 dans des églises protestantes et catholiques de Lausanne et environs, pour héberger momentanément des requérants d'asile menacés de renvoi imminent.
Tout en reconnaissant le gros effort qui a été fait par vous-mêmes et plusieurs paroisses pour accueillir ce refuge et que celui-ci ne saurait constituer une solution de longue durée, nous aimerions vous dire la très vive inquiétude des milieux qui sont soucieux de la dignité humaine et de la santé des requérants d'asile.
Persuadés que les Eglises sont une force de protestation contre l'injustice et un lieu de refuge pour les exclus, nous regrettons que vous soyez entrés dans la logique de nos gouvernants, au niveau fédéral comme au niveau cantonal, selon laquelle il ne serait pas possible de protéger des personnes n’ayant que de faibles chances de recevoir une réponse favorable à leur demande de régularisation. Dans un contexte marqué par une forte montée de l’hostilité envers les étrangers , l’Etat joue son rôle de « policier » ; les Eglises ont un tout autre rôle à jouer.
Nous pensons que les Eglises doivent précisément avoir à cœur les "cas désespérés", comme elles l'ont fait dans le passé, à l’image de leur engagement "pour les 523", engagement qui a été couronné de succès. Nous pensons aussi que les Eglises ont à prendre la défense de personnes qui courent des risques graves dans le pays où l'on veut les renvoyer, quelles que soient les fautes commises en Suisse ou ailleurs, surtout s'il y a un espoir de réhabilitation et de nouveau départ dans la vie . Si les Eglises ne se tiennent pas aux côtés de ceux qui vivent dans la crainte et qui n’ont plus d’espoir, qui le fera ?
Il est vrai que le refuge est une solution de dernier recours et que celui-ci ne saurait être éternel. Toutefois, on sait que les démarches entreprises en faveur des personnes hébergées nécessitent beaucoup de temps. Une décision unilatérale de mettre fin au refuge avant qu'une solution ne soit trouvée pour ces personnes ne peut être comprise que comme un grave retour en arrière .
Pour l'heure, seules deux personnes sont hébergées au refuge Mais ce sont des cas graves qui méritent notre soutien. De plus, au-delà des deux personnes hébergées , c’est le rôle joué par les Eglises et le destin de nombreuses personnes qui sont en cause ici.
En outre, nous regrettons la soudaineté avec laquelle vous avez décidé de fermer le refuge et la mise à l'écart de toutes les autres personnes impliquées dans le processus de décision.
Nous sommes conscients que l'organisation d'un refuge est une tâche délicate posant de nombreuses questions douloureuses, mais nous savons aussi que plusieurs paroisses se sont proposées pour l'accueillir. Des solutions peuvent certainement être trouvées, même pour des personnes qui ne sont pas hébergées dans un refuge. Mais elles nécessitent un engagement fort ; nous espérons vivement que les autorités des Eglises seront prêtes à y participer.
En espérant pouvoir nous associer à cette réflexion avec vous, et qu'en attendant vous autoriserez les paroisses volontaires à accueillir le refuge, nous vous prions de recevoir, Mesdames et Messieurs, l'expression de notre engagement solidaire
Premières signatures:
Anne-Catherine Menétrey, anc. conseillère nationale
Jacques Neirynck, professeur, conseiller national
Raphaël Mahaim, député
Jean-Michel Dolivo, député
Sandrine Bavaud, députée
Michéle Gay-Vallotton, députée
Graziella de Coulon, co-présidente de Solidarité sans frontières
François de Vargas, ancien directeur d'institution
Myriam Schwab Ngamije, Centre social protestant VD
Au Conseil de l'Eglise catholique vaudoise
Fermeture du refuge
Lausanne, le 20 janvier 2010
Mesdames, Messieurs,
Le 17 janvier 2011, vous avez décidé de fermer le refuge qui avait été ouvert en octobre 2010 dans des églises protestantes et catholiques de Lausanne et environs, pour héberger momentanément des requérants d'asile menacés de renvoi imminent.
Tout en reconnaissant le gros effort qui a été fait par vous-mêmes et plusieurs paroisses pour accueillir ce refuge et que celui-ci ne saurait constituer une solution de longue durée, nous aimerions vous dire la très vive inquiétude des milieux qui sont soucieux de la dignité humaine et de la santé des requérants d'asile.
Persuadés que les Eglises sont une force de protestation contre l'injustice et un lieu de refuge pour les exclus, nous regrettons que vous soyez entrés dans la logique de nos gouvernants, au niveau fédéral comme au niveau cantonal, selon laquelle il ne serait pas possible de protéger des personnes n’ayant que de faibles chances de recevoir une réponse favorable à leur demande de régularisation. Dans un contexte marqué par une forte montée de l’hostilité envers les étrangers , l’Etat joue son rôle de « policier » ; les Eglises ont un tout autre rôle à jouer.
Nous pensons que les Eglises doivent précisément avoir à cœur les "cas désespérés", comme elles l'ont fait dans le passé, à l’image de leur engagement "pour les 523", engagement qui a été couronné de succès. Nous pensons aussi que les Eglises ont à prendre la défense de personnes qui courent des risques graves dans le pays où l'on veut les renvoyer, quelles que soient les fautes commises en Suisse ou ailleurs, surtout s'il y a un espoir de réhabilitation et de nouveau départ dans la vie . Si les Eglises ne se tiennent pas aux côtés de ceux qui vivent dans la crainte et qui n’ont plus d’espoir, qui le fera ?
Il est vrai que le refuge est une solution de dernier recours et que celui-ci ne saurait être éternel. Toutefois, on sait que les démarches entreprises en faveur des personnes hébergées nécessitent beaucoup de temps. Une décision unilatérale de mettre fin au refuge avant qu'une solution ne soit trouvée pour ces personnes ne peut être comprise que comme un grave retour en arrière .
Pour l'heure, seules deux personnes sont hébergées au refuge Mais ce sont des cas graves qui méritent notre soutien. De plus, au-delà des deux personnes hébergées , c’est le rôle joué par les Eglises et le destin de nombreuses personnes qui sont en cause ici.
En outre, nous regrettons la soudaineté avec laquelle vous avez décidé de fermer le refuge et la mise à l'écart de toutes les autres personnes impliquées dans le processus de décision.
Nous sommes conscients que l'organisation d'un refuge est une tâche délicate posant de nombreuses questions douloureuses, mais nous savons aussi que plusieurs paroisses se sont proposées pour l'accueillir. Des solutions peuvent certainement être trouvées, même pour des personnes qui ne sont pas hébergées dans un refuge. Mais elles nécessitent un engagement fort ; nous espérons vivement que les autorités des Eglises seront prêtes à y participer.
En espérant pouvoir nous associer à cette réflexion avec vous, et qu'en attendant vous autoriserez les paroisses volontaires à accueillir le refuge, nous vous prions de recevoir, Mesdames et Messieurs, l'expression de notre engagement solidaire
Premières signatures:
Anne-Catherine Menétrey, anc. conseillère nationale
Jacques Neirynck, professeur, conseiller national
Raphaël Mahaim, député
Jean-Michel Dolivo, député
Sandrine Bavaud, députée
Michéle Gay-Vallotton, députée
Graziella de Coulon, co-présidente de Solidarité sans frontières
François de Vargas, ancien directeur d'institution
Myriam Schwab Ngamije, Centre social protestant VD
jeudi 20 janvier 2011
100 jours de refuge et une nouvelle expulsion
100 jours de refuge et une nouvelle expulsion
Mercredi 19 janvier, à 4 heures du matin, la police cantonale valaisanne est venue arrêter Mme F. à son domicile près de Sion. Cette femme avait fui le Kosovo en 2005 avec sa fille malade pour se protéger d’un mari violent. Malgré un suivi médical, elle avait dû faire face au décès de sa fille en mars 2010. Malheureusement, son fils Boris* venu du Kosovo en 2008 a été attribué au canton de Vaud, loin de Sion, et ne venait la voir que rarement car il n’avait pas d’argent pour prendre le train. Très attaché à sa petite soeur, mère et fils ont cependant continué à se soutenir mutuellement. Ce mercredi, Mme F venait de rentrer de l’hôpital où elle avait passé 2 semaines suite à un sérieux problème de santé. Elle était retournée dans son appartement où elle était suivie par une infirmière qui l'aidait à subvenir à ses besoins élémentaires (repas, hygiène).
Boris est resté au refuge de la Coordination Asile à Lausanne durant 6 semaines, pour échapper au renvoi forcé dont les autorités le menaçaient. Lui aussi était malade et durant cette période, une demande de réexamen a été soumise aux autorités fédérales qui lui ont accordé début décembre un effet suspensif. Cela signifiait qu’ils ne l’expulseraient pas le temps de faire des examens médicaux complémentaires. Du coup, ce jeune homme de 23 ans a pu sortir du refuge et retourner dans les structures d’aide d’urgence**. Suivi médicalement, il commençait à espérer que le canton permettrait une réunification familiale avec sa mère, seule et souffrante, en attendant un rétablissement et une régularisation de leur situation.
Ce matin, sa vie s’arrête à nouveau. Sa mère n’a eu que le temps de prendre une valise puis a été amenée à l’aéroport. Affaiblie après sa longue maladie, elle a été emmenée de force par les policiers et s’est retrouvée à Pristina dans la journée. Jointe au téléphone par son fils Boris, elle raconte avoir été blessée à la jambe et au bras lors de l'intervention.
Se débarrasser des personnes indésirables
Si nous occupons des locaux d’églises, c’est justement pour nous dresser contre ce genre de pratiques que nous jugeons contraires aux droits humains. De nombreuses personnes ont été expulsées alors qu’elles tentaient de reconstruire une vie après un parcours difficile. Beaucoup sortaient de l’hôpital, ou étaient en traitement médical. Par ailleurs, la dernière personne qui est morte lors de son renvoi forcé sortait d’une grève de la faim, et a succombé sur le tarmac de l’aéroport de Kloten en mars 2010.
La machine à expulsion n’a ni œil ni oreilles. Il s’agit de faire du chiffre. Les nouvelles lois ont établi des critères pour avoir droit à l’asile qui nient la réalité des migrant-e-s. Ces durcissements ont dressé un mur de non-recevoir auquel se heurtent les requérant-e-s d’asile.
Il s’agit, afin de trier le bon grain de l’ivraie, de soupçonner plutôt que d’aider. Que cela soit pour les rentes AI ou les chômeurs, les lois tiennent pour acquis qu'une partie des gens abuse et qu’une autre petite partie est « authentiquement » dans son bon droit d’être aidée.
Ces procédés ont pour résultat de diviser les gens, entre les bons qui méritent et les autres qui abusent. C’est le discours populiste et manichéen que l’on entend de plus en plus au sein des partis institutionnels et des médias. Nous constatons chaque jour à quel point ces politiques sont absurdes et arbitraires. Au lieu de laisser les gens vivre normalement, on les enferme et les contrôle, ce qui coûte des sommes faramineuses, alors que la plupart de ces personnes pourraient être autonomes.
Des droits égaux pour toutes et tous
Notre mouvement qui exige des droits égaux pour toutes et tous, quelle que soit la couleur de leur passeport, n’est qu’un grain de sable dans cette énorme machine à expulser ( expulser de notre travail, de notre appartement, de nos droits, et du pays où l’on vit).
Nous demandons d’abord une régularisation qui permettra de laisser vivre les gens en paix, sans la tutelle permanente d’un Etat qui contrôle et menace, qui arrête et détient, qui détruit la vie de milliers de gens. Comme dans les vieilles dictatures, faut-il attendre que des gens s’immolent par le feu pour que les autorités reviennent à la raison ?
* Prénom d’emprunt
** Dans le centre de Vennes, l’aide d’urgence consiste en un lit, une armoire, un sandwich à midi et un repas du soir. Les requérants déboutés n’ont pas le droit de travailler, ni de recevoir de l’argent (charité). Ils n’ont pas de pièce d’identité mais un papier blanc sans photo qu’ils doivent présenter aux autorités toutes les deux semaines. Ils ont le droit d’aller à la PMU pour des soins minimaux.
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