lundi 10 octobre 2011

« VOL SPECIAL », LE FILM QUI DERANGE


Vol spécial, le film de Fernand Melgar qui montre les conditions de détention dans une prison spéciale pour requérants d’asile en attente de leur expulsion, dérange.
Après la polémique née à Locarno, voilà que M. Leuba, chef du département concerné par le dossier de l’asile dans le canton de Vaud, profite d’informations publiées dans la presse du dimanche pour attaquer le film (voir 24 Heures du 3 octobre 2011) en espérant tuer ainsi l’émotion suscitée par le film parmi la population.

L’exercice est facile, on s’appuie sur le passé pénal d’une des personnes vues dans le film, on remet à la une la criminalisation des requérants d’asile, on donne des chiffres et on légitime ainsi leur enfermement, leur renvoi forcé, les conditions inhumaines et contraires aux droits humains dans lesquelles ils sont mis.

Or, cette démarche devrait nous interpeller.
Qui a donné à la presse les informations confidentielles et en partie mensongères sur des dossiers ? Nous ne pouvons pas préjuger de l’identité des auteurs mais nous nous demandons qui d’autres que des fonctionnaires du département de M. Leuba pouvaient donner ce genre d’information. C’est visiblement une violation du secret de fonction, du droit de la personnalité et de la Loi sur la protection des données. Au lieu de dénoncer cette publication, avec identité et photo, M. Leuba en profite pour défendre sa politique des renvois.

Vol spécial n’a rien caché, il a braqué les caméras sur une réalité qu’on voulait dans l’ombre. Dans le film, les détenus sont tous dans la même situation, ceux qui ont des dossiers pénaux et ceux qui n’en ont pas. Le traitement qu’ils subissent est d’ailleurs le même.
Ce n’est pas le parcours du requérant débouté qui est en cause mais la façon dont le canton se libère de ceux qu’il ne veut pas. M. Leuba refuse une réflexion sérieuse et urgente sur le sort des requérants d’asile en Suisse.

Nous dénonçons :
1)     le non respect des droits des personnes à la confidentialité de leur dossier,
2)     L’amalgame classique de criminels et requérants d’asile.
3)     La tentative de diminuer l’impact du film consacré à une réalité méconnue qui touche de nombreuses personnes dont on ne parle jamais.

Nous demandons à M. Leuba, qui est très respectueux du droit, une enquête sur la source des informations reçues par la presse et la dénonciation de ses auteurs pour violation du droit de la personnalité, de la Loi sur la protection des données et du secret de fonction.

Nous soutenons la pétition pour la fermeture des centres de détentions et la suppression des vols spéciaux  http://www.stop-vols-speciaux.ch

Lausanne, 6 octobre 2011

lundi 3 octobre 2011

Ouverture d'un abri PC au Mont: une « mauvaise nouvelle » selon Leuba, mais pour qui?

Le 29 juin dernier, un petit groupe du collectif Droit de rester, membre de la Coordination Asile-migration Vaud, s'est rendu à la séance de l'information de l'Evam concernant l'ouverture d'un  nouvel abri PC qui va « accueillir » 60 requérants d'asile (hommes seuls) dont une majorité (?) de  déboutés. Nous y sommes allées pour marquer notre présence, faire entendre notre voix et aussi  observer les autorités dans ce type d'exercice. Ce fut en effet assez instructif, mais pas tout à fait  comme nous l'avions imaginé. Chronique:

« Bonsoir Mesdames et Messieurs, ce soir nous sommes réunis pour parler du problème des requérants d'asile ». C'est ainsi que le syndic de la commune du Mont, M. Daniel Grosclaude, a ouvert la soirée de manière fort attrayante. D'entrée, si vous n'aviez pas vraiment d'avis sur la question, vous êtes déjà « informé » qu'il s'agit d'un « problème » et que celui-ci est le fait « des requérants ». A suivi une présentation par M. Pascal Rochat de l'Evam du « plan d'exploitation » de l'abri, qui commence par donner aux citoyen-ne-s du Mont l'assurance de leur entière protection grâce à des mesures de surveillance, de restriction d'accès des requérant-e-s à l'abri de jour, de sa fermeture (par les grilles à l'extérieur) la nuit, et surtout par une subtile organisation-horaire qui permet d'éviter tout contact avec les enfants de l'école voisine. Si l'on était par hasard venu sans opinion particulière sur le fait que des élèves allaient croiser des personnes migrantes (fait assez banal somme toute dans la région lausannoise et parmi ces élèves certain-e-s sont peut-être aussi migrant-e-s...), force est de réviser rapidement son jugement et se dire qu'au fond, c'est vrai, si on y réfléchit bien, c'est assez angoissant. A force d'insister, dès le départ, sur la protection des citoyens, la surveillance et le cantonnement des requérants, les autorités plantent en effet le théâtre de la menace. La présentation se veut rassurante, et continue en annonçant l'existence d'un groupe de contact de l'abri, d'un groupe de suivi de l'abri, ainsi que de la coordination de l'Evam avec la gendarmerie, dont le responsable est présent et se veut lui aussi très très rassurant. Il affirme même que dans l'abri de la Côte il ne se passe rien. Ouf! 
S'ouvre ensuite une série de questions dans la salle. La première s'enquiert de la possibilité d'autres lieux pour loger les requérant-e-s, étant donné que cet abri doit être provisoire. Philippe Leuba abonde alors dans le sens de la question, en confirmant qu'il s'agit bien d'une structure temporaire, que le cantons a plusieurs projets de construction de structures « hors-sol » pour y déplacer les requérants et que surtout le canton compte avec le soutien de la Confédération, qui tarde à venir s'impatiente M. Leuba, en vue de l'ouverture  de 300 places dans des cantonnements militaires. De plus, l'autre solution est très simple: l'accélération des procédures d'asile devrait permettre de réduire toujours plus le temps d'attente et donc de limiter le besoin de logement. Enfin, encore plus efficaces, des expulsions plus rapides devraient aussi réduire ces fâcheux problèmes d'hébergement. Philippe Leuba a d'ailleurs rappelé à ce propos que le canton de Vaud est celui qui expulse le plus de personnes ayant été condamnées pénalement, triste performance qu'il a brandit 3 fois durant la séance, espérant ainsi rasséréner son auditoire. Deuxième question: pourquoi met-on les requérants dans les agglomérations urbaines et non dans des baraquements à la campagne et à la montagne? Une question qui semble avoir particulièrement plu à M. Leuba qui s'empresse de répondre: « nous en avons aussi au fin fond du Valais !» », et de nous faire ensuite un exposé sur l'équilibre et la proportionnalité acceptable entre requérants et population locale et donc l'impossibilité de mettre  « ces gens » dans un petit village, la proportion se rapprochant affreusement du 1 pour 1! Il est donc pour ainsi dire mathématiquement juste de « répartir de manière équitable » le poids, le fardeau, bref le problème entres les régions, villes et villages. Une personne qui serait entrée dans la salle à ce moment aurait pu croire à une discussion sur la répartition et la gestion des déchets nucléaires.
Deux questions ont suivi sur la sécurité des enfants (après l'introduction sur l'école, il fallait s'y attendre). Là M. Leuba s'est fait très très compréhensif. Lorsqu'une lorsqu'une mère a manifesté sa crainte pour ses petites filles, surtout lorsque « ces gens » iraient fumer dehors la nuit, le conseiller d'Etat, touché, s'est presque confondu en excuses de devoir, malgré lui, ouvrir cet abri, ce qui, il le reconnaît, est une très mauvaise nouvelle pour la population. Il est désolé. Les cantons n'ont pas le choix. N'ont pas manqué enfin deux questions sur le trafic de drogue et la nationalité nigériane d'une partie des requérants du futur abri, mais là les réponses sont bien rodées: l'Evam ne tolère pas les stupéfiants et le canton expulse à tour de bras. Re-ouf!
Donc jusque là, tout allait bien pour Messieurs Imhof, Rochat et Leuba. Puis, après ces quelques premières questions brossant dans le sens du poil la machine politique de l'éloignement des migrant-e-s, sont venues d'autres questions moins ronronnantes. Une femme veut savoir ce qu'il advient des personnes après qu'on les ait renvoyées et si elles vont en prison dans leur pays? Mais enfin Madame, quelle drôle de question! Se préoccuper des personnes! Néanmoins, conciliant et très à l'écoute, M. Leuba l'a aussi rassurée en souriant: « non, non, Madame, ne vous en faites pas, ils ne vont pas en prison, ils rentrent simplement chez eux! ». Re-re Ouf! Mais d'autres interventions (de femmes toujours) se font plus insistantes, en revenant sur cette histoire de personnes. L'une d'entre elles rappelle que la mauvaise nouvelle c'est que si des personnes demandent l'asile c'est parce que des êtres humains sont persécutés et doivent fuir leur pays, et que donc l'attitude logique est de les accueillir plutôt que de se barricader dans la peur. Applaudissement dans la salle! Le trio à la table esquisse un sourire forcé. Plusieurs autres interventions suivent, toutes dans le même sens, pour rappeler que les requérant-e-s sont des personnes comme nous, sauf qu'ils ont dû quitter leur pays. Une assistante sociale, une enseignante, une pasteure parlent à tour de rôle de leur expérience positive avec les migrant-e-s, tordant le coup aux préjugés, et demandent à la commune d'organiser des rencontres et des activités avec les requérants de l'abri qui va s'ouvrir.
Le sourire du trio à table est de plus en plus figé. Il est évident qu'ils n'ont pas anticipé ce type de questions. Lorsqu'un ancien requérant d'asile prend la parole pour parler de son parcours, de sa situation et qu'il ose démonter l'affirmation de M. Leuba sur le fait que la « grande majorité » des requérant-e-s ne sont que des « réfugiés économiques », le trio ne sourit plus. Il deviendra finalement carrément hostile lorsque nous prenons la parole en tant que membres de la Coordination asile-migration Vaud pour dénoncer la politique de criminalisation et de mise à l'écart des personnes migrantes. Le masque est tombé!
Cette petite incursion en terrain communal de la périphérie lausannoise nous aura fourni un exemple très parlant de la manière dont les autorités façonnent dans la tête des gens « le problème de l'asile ». On aura pu constater de manière très concrète comment le racisme institutionnel tente de s'implanter dans les modes de vie et les opinions des gens. Et nous aurons pu découvrir qu'une majorité de personnes ne marchaient pas dans la combine. Le message de haine que M. Leuba était venu proférer n'a pas (encore, ici) trouvé de terreau très fertile. Mais il s'y attèle, c'est certain.
Progressivement, les stades de tolérance de l'intolérable sont ainsi franchis, comme la justification de l'éloignement et de l'enfermement d'être humains dans des baraquements militaires en montagne (partie du projet de la Conseillère fédérale Sommaruga), que M. Leuba n'a pas seulement évoqué mais vanté. Tout devient ainsi normal: les renvois, la détention, les conditions inhumaines de subsistance, les situations administratives humiliantes et harassantes, le contrôle, la suspicion, l'enfermement, la surveillance, etc. Et c'est précisément lors de séance de désinformation comme celle à laquelle nous avons assisté, faite d'amoncellement de préjugés, que l'intolérable finit par être « accepté » par la population. Alors l'Etat peut affirmer que c'est pour contrer la peur, la xénophobie et l'UDC qu'il faut voter des lois de plus en plus restrictives, des lois désormais contre l'asile et surtout contre les migrant-e-s.

Lausanne, le 4 juillet 2011
ce texte est paru dans Le Courrier le 27 juillet 2011

dimanche 2 octobre 2011

Stop Vols spéciaux

La pratique d’enfermer des requérant-e-s d’asile et des personnes sans-papiers dans des centres de détention administrative ainsi que le recours au renvoi forcé par vol spécial ne sont pas acceptables du point de vue des droits humains fondamentaux.
Une pétition électronique a été lancée le 1er octobre 2011 pour exiger :

- L’arrêt des vols spéciaux

- La fermeture de Frambois et des centres de détention administrative similaires

Une large réaction citoyenne est nécessaire pour stopper cette politique inhumaine !

SIGNEZ LA PETITION ! -> http://www.stop-vols-speciaux.ch

mercredi 7 septembre 2011

Dans des abris sous terre, sans protection civile

Mettons-les sous terre comme on enterre leurs droits
De moins en moins de droits, de plus en plus sous terre
Enterrons-les avec leurs droits, enterrons-les avec leurs voix
Tradition humanitaire

Sans air ni lumière
Dans des abris de protection civile, faisons-les taire

Pour abriter qui ? Protéger de quoi ?
Protéger les civils de ceux que l’on met à l’ abri 
De ceux que l’on maudit, de ceux que l’on décrie

Les empêcher de voir la misère qu’ils créent en votant leurs lois
Des lois qui créent des sous-hommes, mis dès lors sous terre comme des moins-que-rien
Mis dans des abris, à l’abri des regards et privés de droits
Là où leur vie reste un mystère, là où elle n’est presque rien


A Nyon. Nions qui, nions quoi ? Nions leurs droits, nions leurs voix

A Gland. Interdiction de travailler sur terre, glandez sous terre

Au Mont. Monticule de terre. Montez en enfer

A Coteau-fleuri. Fleuri de quoi ?
Des traces de la vie et de la rage qui débordent de ces âmes prisonnières

Ce qu’on enterre refleurira

Julie 

mardi 6 septembre 2011

Manifestation contre les déportations et pour libérer Habtom Ande

Manifestation mardi 6 septembre 2011, 18h St-François, Lausanne
Pour libérer Habtom Ande, déserteur érythréen qui a demandé l'asile en Suisse.
Comme tant d'autres, Habtom Ande est prisonnier à Frambois, alors qu'il n'a commis aucun crime.
Stop aux déportations!

voir le tract d'appel à la manif.

samedi 3 septembre 2011

Lundi 5 septembre, pic-nic rencontre au Centre de jour des Boveressees, Lausanne

nous vous invitons cordialement au pic nic organisé par le collectif Droit de rester au centre de jour de Boveresses le lundi 5 septembre à partir de 18h.

Notre collectif a récemment essayé de visiter l'abri PC à Coteau Fleuri qui accueille depuis peu des réquérant-e-s d'asile débouté-e-s. L'accès nous a été refusé mais nous avons quand même pu apercevoir les conditions de vie épouvantables qui y règnent. Ainsi nous aimerions nous solidariser avec les personnes qui sont "parquées" dans cette structure d'aide d'urgence et pour cela nous organisons une rencontre au centre de jour des Boveresses où elles viennent prendre leurs repas le soir.

Toute participation est bienvenue. Nous préparons un souper canadien. Vous pouvez donc également amener quelque chose à manger. On se charge du reste (boissons, couverts, musique, etc).

dimanche 28 août 2011

Grande manif nationale «Stop à l’hypocrisie!» Personne n'est illégal-e - régularisation immédiate!


Il est à nouveau temps d’agir : samedi 1er octobre 2011, aura lieu à Berne la prochaine grande manif nationale placée cette année sous la devise « Stop à l`hypocrisie ! » Il s’agit de protester une fois de plus par milliers contre la politique xénophobe suisse en matière d’asile et d’étrangers.
La xénophobie se révèle sous son aspect le plus rude dans la politique à l’égard des sans-papiers : ils sont plus de 100’000 à vivre en Suisse et il s’agit d’êtres humains comme les Suisses, qui travaillent régulièrement pour la plupart ; et pourtant, il y a une énorme différence : ils n'ont pas de papiers! Ils sont rendus illégaux ! Ils vivent avec la peur constante d`être contrôlés par la police, d’être arrêtés et expulsés.

Notre revendication: personne n’est illégal! Régularisation immédiate!

Leur état de peur constante les empêche de faire valoir leurs droits existentiels. Dans la société, il sont la proie de la droite - sont stigmatisés comme des boucs émissaires, diffamés comme des criminels, menottés, battus et expulsés.

C’est pourquoi, nous lançons l’appel à la manifestation nationale du 1er octobre qui marquera la fin (provisoire) de la campagne «Stop à l’hypocrisie!». Nous voulons montrer que nous existons, que nous sommes nombreux et que nous désapprouvons totalement la politique actuelle et la nouvelle campagne xénophobe lancée récemment par l'UDC!
Toutes les informations sur www.mouvement-sanspapiers.ch

Solidarité sans frontières