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mardi 23 mars 2010

MORT TRAGIQUE LORS D’UNE EXPULSION DE FORCE Nous exigeons d’avantage que "plus jamais ça"

Il était nigérian, jeune, réfugié en Suisse. Il est mort dans les mains de la police dans des conditions inconnues et il n’a même plus un nom.
Non seulement nous « déplorons cette mort tragique », comme le fait l’ODM, qui a ordonné le renvoi de force de cette personnes affaiblie par une grève de la faim, mais nous accusons les responsables de l’expulsion de violence meurtrière.
Les responsables directs et indirects de cette mort doivent maintenant rendre des comptes non seulement à la justice mais à la famille du réfugié décédé et à la société entière. Les tentatives de discréditer cette personne en la décrivant comme quelqu’un ayant commis des délits nous montrent le manque de respect ultime que nos autorités affichent vis-à-vis des migrant-e-s.
Il y a des rescapés de cette tentative de renvoi, deux d’entre eux sont revenus à la prison administrative de Frambois. Ils ont sur leur corps aujourd’hui encore les traces des liens qui les paralysaient. Ils ont dans leur souvenir cette personne injustement disparue (voir témoignages plus bas).
Ils ont échappé à ces pratiques que nous avons si souvent dénoncées : les renvois de personnes menottées, ligotées, cagoulées, attachées au siège, souvent avec des couches culottes et privées de toute nourriture pendant de longs vols vers une case départ qui ne ressemble plus du tout à celle qu’elles avaient quittée des années auparavant.
Il est inutile de crier le fameux « plus jamais ça ». Nous savons que cette pratique se reproduira si des mesures ne sont pas prises immédiatement pour que les vols spéciaux dans les avions de la honte soient définitivement arrêtés.
Frambois et les autres prisons suisses où sont incarcérées des personnes en attente d’un renvoi de force étaient déjà des lieux d’enfermement niant tout espoir, doit on les considérer aujourd’hui comme de vrais « couloirs de la mort ?»
Il est urgent de les fermer, de libérer tous les détenu-e-s administratif-ve-s et de réexaminer leur dossier en vue d’une régularisation de leur séjour en Suisse.
Face à ce nouveau drame, les autorités vaudoises ne peuvent plus continuer à jouer à Ponce Pilate et à transférer des personnes dans d’autres mains, sans plus se soucier de leur sort.
Nous demandons la libération immédiate des personnes actuellement à Frambois pour qu’une petite fille puisse continuer à voir son père, pour qu’une future épouse ne reste pas seule ici, pour que la liberté et la sécurité de tou-te-s soit garantie, d’autant plus que les vols spéciaux sont suspendus et que rien ne justifie le maintien en détention de tou-te-s ces nombreux-euses détenu-e-s administratif-ve-s.
Collectif Droit de rester, Lausanne, le 23 mars 2010


Extraits du communiqué de presse de la Ligue suisse des droits humains – Secteur Genève

Témoignages sur le drame de l’expulsion forcée de jeudi dernier



Lors de leur visite hebdomadaire au centre de détention administrative de Frambois, les visiteurs de prisons de la Ligue Suisse des Droits de l’Homme – section Genève (LSDH) ont pu recueillir les témoignages de Messieurs E. et J. (noms anonymisés à la demande des intéressés, ndlr), le lendemain de la tentative d’expulsion par vol spécial de Zurich vers le Nigeria dont ils ont fait l’objet et le tragique décès d’un leur compatriote.

Au-delà de la tristesse suite à ce décès et l’état de choc dans lequel ils se trouvent, ils ont exprimé leur déception et leur colère face au traitement dégradant et inhumain qui leur a été infligé : « nous ne nous attendions pas un tel traitement de la part de la Suisse ! Et tout ça, pour des questions administratives !» répètent-ils à plusieurs reprises lors de l’entretien. Ils ajoutent « un tel traitement est une insulte pour ce pays ». Les comparaisons utilisées par Messieurs E. et J. parlent d’elles-mêmes : «nous avons été traités comme des marchandises, pire que des animaux… une vague impression d’esclavagisme ! »

Emmenés dans une fourgonnette en direction de Zurich, Messieurs E. et J. ont été entravés par des menottes, de l’autre côté d’une planche en bois percée de deux trous. Très mal installés, les mains ainsi attachées, Messieurs E. et J. ont de ce fait été sensibles à toutes les turbulences de la route. L’un d’eux a d’ailleurs vomi à plusieurs reprises durant le voyage.

A leur arrivée à Zurich aux alentours de 22h, ils ont été placés dans une grande salle où d’autres détenus, qui avaient été ligotés de toute part, attendaient. Messieurs E. et J, se sont alors demandés depuis combien de temps ils attendaient ainsi, dans cette position inconfortable et humiliante. Des cris et des pleurs s’échappaient de leurs bouches.

Pris en charge chacun par trois policiers, ils ont été avertis qu’ils n’avaient pas intérêt à créer des problèmes. La peur au ventre et encerclés de policiers, le processus de préparation a débuté, soit : immobilisation de la personne à l’aide de ceintures au niveau des bras, des hanches et des genoux, fixation au siège, maintien de leurs mains croisées juste au dessus du bas ventre et, enfin, placement d’un casque sur la tête empêchant toute mobilité de celle-ci et réduisant la visibilité. Les ceintures ont été pour les deux hommes serrées à l’excès. L’un deux, en pleurs, a supplié un policier de desserrer un peu les liens, sans que ce dernier ne réagisse pour autant.

Une fois ligotés, Messieurs E. et J. racontent que leur position était insupportable ; ils étaient en permanence courbés sur eux-mêmes. Ils n’avaient pas la possibilité de boire ou de faire leurs besoins. En quelques minutes déjà, l’un et l’autre ont pu ressentir des difficultés à respirer et des douleurs atroces au niveau des jambes et du dos. Aux plaintes exprimées aux policiers, ils ne reçoivent pour réponse qu’un « it’s business ». Dans leurs souvenirs, la personne qui est décédée ne semblait pas en mauvaise santé, mais exprimait le fait qu’elle était trop fortement ligotée.

Ils ont été maintenus dans cette position pendant environ 45 minutes, étant précisé que cela aurait dû durer 6 heures, soit la durée du vol. Messieurs E. et J. ont évoqué cette perspective avec effroi, vu leur position insoutenable et imaginant leur devenir en cas de problèmes techniques durant le vol, ce qui soulève évidemment des questions sécuritaires.

Alors qu’ils avaient tous été embarqués dans l’avion, l’un après l’autre, les policiers ont été appelés à l’extérieur. A leur retour à bord, ils ont commencé à décharger les bagages, puis les détenus eux-mêmes sans aucune explication. Sentant la panique monté parmi les policiers, Messieurs E., J. et leurs compatriotes les ont interrogés sur les raisons de cette annulation. Il leur a finalement été indiqué qu’il s’agissait d’un « problème administratif ». Ils n’ont été informés du décès du jeune nigérian qu’à leur retour à Frambois.

Genève, 22 mars 2010

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