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samedi 25 mars 2017

Le SEM falsifie l’âge des mineurs



16 mars 2017  Les accords de Dublin n’autorisent pas les États européens à renvoyer les mineurs qui se trouvent sur leur territoire.

Cette contrainte ne convient pas au Secrétariat d’État aux migrations (SEM) qui estime que trop de mineurs non accompagnés demandent l’asile en Suisse. Pour les renvoyer malgré tout en Espagne, en Italie ou en Hongrie, il suffit simplement de modifier leur âge et de les déclarer majeurs. Comme la plupart d’entre eux ne possèdent aucun document d’identité, ils ne pourront pas prouver leur date de naissance, et le tour est joué.

Le seul petit problème, est que l’autorité viole par là même toutes les dispositions relatives à la protection des mineurs, en toute mauvaise foi et dans le plus parfait arbitraire. Les décisions relatives à l’âge soi-disant majeur des mineurs sont ainsi d’une hypocrisie flagrante.

Voici l’histoire d’Alfred et comment procède l’autorité. Alfred est passé par l’Espagne avant de demander asile en Suisse à l’âge de 16 ans. Il est manifestement très jeune d’apparence et de comportement. En fait, sa minorité ne fait aucun doute. Il a rapidement été pris en charge par des bénévoles actifs autour des migrants, dès les premiers jours à son arrivée au centre d’enregistrement et par la suite lorsqu’il a été attribué au canton de Neuchâtel. Son histoire touche les gens ainsi que son côté un peu perdu et son attitude réservée. Les personnes de soutien l’adressent à un psychiatre pour un suivi en rapport avec les événements difficiles vécus après la perte de ses parents, et elles lui cherchent une famille d’accueil, qui va l’accompagner dans son intégration, l’apprentissage d’un métier et pour que les dernières années de son adolescence se passent au mieux.

Malheureusement, le SEM et les autorités cantonales de police des étrangers ne sont pas de cet avis. Le SEM tout d’abord a décidé qu’Alfred devait être considéré majeur et a ordonné son renvoi en Espagne. Le SEM profite de l’identité enregistrée par la police espagnole dans le fichier Eurodac, qui mentionne une date de naissance le 01.01.1997, car si cette dernière avait enregistré un âge mineur, la demande de réadmission en Espagne n’aurait pas été acceptée.

Or, Alfred a expliqué lors de son audition à Vallorbe que cette date est inexacte, qu’il a donné un âge faux à la police maritime sur le conseil des autres migrants avec qui il se trouvait, parce qu’il avait peur d’être enfermé dans un centre pour mineurs en Espagne.

L’enregistrement des migrants dans le fichier Eurodac n’a aucune validité comme preuve de leur identité. Il contient beaucoup d’erreurs et de malentendus. Alfred explique qu’il a été arrêté en mer avec d’autres Africains à bord d’un zodiac, conduit à terre et que la police a pris ses empreintes digitales en lui posant quelques questions sommaires. Il n’y avait pas d’interprète, pas de conseiller et surtout, aucune explication ne lui a été donnée sur le fait que ses déclarations allaient être consignées dans un fichier informatique lisible par toutes les autorités de toute l’Europe. Aucune information ne lui a été fournie non plus ni sur la procédure d’asile ni sur ses droits en tant que mineur, bien qu’il devait tout de même paraître très jeune aux yeux de la police espagnole. L’entretien n’a duré que quelques minutes et n’avait que pour objet d’associer une identité aux empreintes digitales saisies. La police a enregistré une date au hasard pour que ça fasse 19 ans, le nom et le prénom d’Alfred phonétiquement, c’est-à-dire avec des fautes de transcription, et une nationalité fausse également parce qu’il n’est pas né dans le pays dont il a la nationalité, mais la police lui a seulement demandé son lieu de naissance et en a déduit le reste.

Le SEM, à qui toutes ces approximations n’ont pas échappé, a tout de même trouvé que 19 ans, c’était un peu trop, et a rectifié la date de naissance à 18 ans, le 01.01.1998. Aucune procédure équitable n’a été respectée. La date de naissance à 18 ans est une autre approximation, arbitrairement choisie.

Il n’existe aucun moyen scientifique de connaître l’âge biologique véritable d’Alfred. Sur le plan juridico-social, l’âge probable doit donc faire l’objet d’une évaluation. Cette évaluation est nécessairement sujette à caution car il n’existe pas d’argument-type, c’est-à-dire de situation-type qui nous permettrait de distinguer un mineur d’un jeune âgé de 18 ans, et aucun argument en soi ne peut être décisif. Il faut prendre en considération un ensemble de phénomènes ou de faits qui conduisent éventuellement à douter de la minorité d’un jeune, ceci sur le long terme et selon l’avis de plusieurs personnes adultes dont une au moins, devrait avoir des compétences spécifiques en matière de psychologie adolescente ou de prise en charge des jeunes en difficultés. Concrètement, au minimum un entretien spécialisé, en présence de personnes formées, devrait avoir lieu, ceci, après que le jeune ait passé un certain temps dans son nouveau milieu de vie, pour que des personnes de son entourage quotidien puissent aussi témoigner. Des difficultés de socialisation ou de scolarisation avec d’autres jeunes de tel âge par exemple, peuvent faire penser que l’intéressé est plus âgé ou plus jeune qu’il ne le prétend. Dans tous les cas, on peut considérer qu’un jeune sans famille, entre 15 et 20 ans, nouvellement arrivé dans un pays dont il ne connaît rien, a toujours besoin du conseil et de l’entourage des adultes pour orienter sa vie et n’est pas indépendant. C’est même une période cruciale de son existence pour l’encourager et l’accompagner vers la construction d’un réel avenir, notamment par l’apprentissage d’un métier.

Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe explique, à juste titre, que « Déterminer l’âge d’un individu est un processus complexe qui implique des facteurs physiques, sociaux et culturels. La tâche est d’autant plus difficile que l’enfant est âgé. […] Il faudrait élaborer des procédures pluridisciplinaires et l’âge ne devrait pas être estimé sur la seule base d’un examen médical tel qu’une radiographie des os. Les mineurs doivent se voir accorder le bénéfice du doute lorsque leur âge ne peut être établi avec certitude.» (Commissaire aux droits de l'homme, Document de synthèse sur les droits des migrants mineurs en situation irrégulière, 20 juin 2010, p. 4)

Qu’à cela ne tienne, le SEM n’a ni le temps ni les compétences pour évaluer quoi que ce soit, sa priorité étant d’ordonner le renvoi Dublin à chaque fois que l’occasion se présente. L’autorité procède donc à un simili-entretien où le jeune est interrogé sur son parcours scolaire et invité à donner les dates de tous les événements de sa vie, à dire à quel âge il a commencé l’école, ou arrêté l’école, ou quand sa maman est décédée, ou lorsqu’il a quitté le pays… Alfred a été enfant des rues, il a vagabondé pendant plusieurs années dans différents pays et il ne se souvient pas de toutes ces dates. Il dit une fois 2013, une autre fois 2014 et c’est dans la poche. La décision de renvoi fait le détail de toutes les erreurs de dates de l’audition pour conclure que les déclarations du requérant à propos de son âge prétendument mineur sont sujettes à caution. Il n’y a pourtant aucun rapport entre les erreurs de dates et la minorité d’Alfred, ou, au contraire, parce qu’il ne parvient pas à se remémorer les dates de sa courte vie, on doit penser qu’il est mineur car à l’âge de l’adolescence, les événements de l’enfance et même de la pré-adolescence peuvent paraître lointains. La perception du temps écoulé, chez les jeunes, est très différente de celle des adultes.

Et donc, dans ces affaires, c’est le fonctionnaire du SEM tout seul, à l’issue d’un unique entretien d’une heure ou deux avec le jeune, qui décide quel âge il a. Aucun expert n’intervient à aucun moment, ni aucun conseiller indépendant, qui expliquerait au jeune en quoi consiste l’audition, quels sont les objectifs ou qui l’aide à se préparer aux questions. Toutes les questions posées le sont en fonction d’une pratique administrative d’évaluation de la vraisemblance des motifs d’asile. Or, évaluer la crédibilité d’un récit de fuite, ce n’est pas évaluer un âge. L’audition ne conduit pas à une véritable évaluation de la maturité, par exemple des représentations du jeune, de lui-même ou de sa place dans son environnement, de sa façon de comprendre les choses ou de réagir aux événements, qui tendrait à déterminer dans quelle mesure le jeune assume une indépendance face aux adultes ou en reste au contraire dépendant, affectivement et socialement. Le SEM ne tient nullement compte de l’intérêt du mineur à défendre ses propres droits, c’est-à-dire à apporter des arguments qui soient véritablement utiles à l’estimation de son âge. A aucun moment il n’est aidé ou accompagné pour formuler son avis d’une manière suffisamment éclairée, en rapport avec les enjeux. Il n’y a pas de respect des droits de la défense.

Le SEM omet systématiquement dans ces cas d’inviter l’autorité cantonale à nommer une personne de confiance pour accompagner le mineur, comme le prescrivent pourtant l’article 17 LAsi et l’article 6 du règlement Dublin.

Le SEM omet également, en conduisant la procédure dans un cadre administratif et d’une manière inappropriés, de prendre « particulièrement » en considération les intérêts du mineur comme le prescrit pourtant l’article 17 LAsi.

Le SEM n’ordonne pas non plus d’expertise comme il devrait pourtant le faire selon ce que prévoit l’article 17 LAsi, dans les cas où «des indices laissent supposer qu’un requérant prétendument mineur a atteint l’âge de la majorité ».

Le comble de l’arbitraire est encore la procédure de recours devant le Tribunal administratif fédéral (TAF), qui expose pourtant dans sa jurisprudence que « s'agissant de requérants d'asile mineurs non accompagnés, l'autorité doit, dans le cadre de la procédure d'asile, adopter les mesures adéquates en vue d'assurer la défense de leurs droits. » (D-810/2011)

Dans la situation d’Alfred, le Tribunal a rejeté le recours en 10 jours, à juge unique tant l’affaire paraissait simple, et sans échange d’écriture, tant il paraissait superflu au juge de confronter les arguments de défense du recourant. Le juge n’a pas trouvé utile de convoquer une audience de sorte que son évaluation de l’âge probable d’Alfred ne reposait que sur la lecture du dossier du SEM, sans n’avoir jamais rencontré le jeune, ni avoir aucune idée de qui il est, à quoi il ressemble, ce qu’il en pense ou ce qu’il voudrait en dire.

Ce simple échange de courrier avec le Tribunal a été facturé 600 frs à Alfred, qui ne trouve pourtant rien à lire de significatif dans cet arrêt (E-7350/2016), tant la motivation est cousue de considérations générales sur la légalité des renvois Dublin et est peu en rapport avec la situation personnelle d’Alfred.

Ces jeunes sont très vulnérables parce qu’ils n’ont pas de papiers pour prouver leur identité. Il est facile pour les autorités de nier leur minorité par le seul jeu de leurs décisions qu’elles motivent pratiquement à bien plaire. Surtout, elles ne tiennent pas compte du point de vue des intéressés. Ces jeunes ont beaucoup de peine à participer utilement aux procédures et leurs droits à la défense ne sont pas respectés. Pourtant, ils peuvent prétendre à être mis sur un pied d’égalité vis-à-vis de l’autorité qui décide de leur sort, c’est-à-dire à recevoir des conseils utiles et préalables, à l’audition de témoins, à l’octroi de disponibilités, notamment d’un temps suffisant pour rassembler leurs preuves, et même à la nomination d’un avocat d’office, parce que la question de leur âge probable est relative à leur identité, laquelle est une matière civile. L’article 6 CEDH sur le droit à un procès équitable s’applique. L’article 6 CEDH garantit aussi une composition équitable du Tribunal. Il est extrêmement douteux qu’un juge unique puisse sérieusement évaluer l’âge probable d’un jeune homme simplement en consultant le dossier du SEM.

samedi 11 mars 2017

Dans les centres fédéraux, fais ce qu’on te dit

8 mars 2017     Aujourd’hui, la procédure d’asile se déroule dans les centres fédéraux. Certain-e-s séjournent trois mois voire quatre mois dans ces centres dits d’enregistrement ou d’hébergement. Il y en a trois en Suisse romande, à Vallorbe, aux Perreux et un autre aux Rochat, dans la montagne, à peu près à la même altitude que Sainte-Croix.
Ces centres fédéraux sont symptomatiques d’une politique d’isolement et d’enfermement des migrant-e-s dans des sortes de camps, où ils sont contrôlés par l’autorité en charge de leur demande d’asile, et dissuadés par la même occasion de rester en Suisse. Inaccueillants, voire franchement hostiles, ces centres imposent un régime de vie collectif à des gens qui ne se connaissent pas, sont de toutes origines et n’ont jamais imaginé auparavant devoir partager le même dortoir, pratiquement le même lit tant la promiscuité est grande, les étroits lits superposés étant collés deux à deux, ou se retrouver nu devant les autres à la douche collective, une grande pièce pourvue de pommeaux de douche, comme à la piscine.
Ce sont des centres de discipline, où l’autorité, représentée par les agents de sécurité qui sillonnent les couloirs, ou par le personnel de l’intendance pour la fourniture des draps, des repas et du nécessaire de toilette, marque son pouvoir en investissant systématiquement la sphère privée des gens et leur mode de vie.
Ce sont des lieux de dépersonnalisation également, où l’individu est perçu de manière générique, identique aux autres et traité comme tel. Les requérants y perdent leur dignité parce que leurs particularités, ce qui les distingue du groupe, ce qui fait leur individualité, n’est pas reconnu ni entendu.
Par exemple, les enfants y sont traités comme tous, contraints de se nourrir à la cantine où les repas bon marché qui y sont servis ne sont pas adaptés à leurs habitudes ou à leurs besoins alimentaires, ni à leurs horaires. Les plus jeunes enfants refusent de s’alimenter. Ils sont fatigués et ils pleurent beaucoup. Comme il est interdit d’entrer de la nourriture dans le centre, les agents de sécurité jettent à la poubelle, au vu de tous, les yaourts et autres petits pains ou jus de fruits que leurs parents auraient eu l’idée d’amener pour qu’ils avalent quelque chose le soir par exemple, autre que les pâtes huileuses au thon.
Les familles doivent endurer la séparation pendant de longues semaines, sans aucune nécessité liée à la procédure d’asile, pour la seule raison qu’ils sont sous l’autorité du SEM qui s’est arrogé le droit de décider de leur vie pendant toute la durée de leur séjour au centre d’enregistrement.
Par exemple, une femme est enceinte de trois mois. C’est son premier enfant et comme pour toute première grossesse, le risque de fausse couche est élevé. Elle perd un peu de sang, elle a des vomissements, elle se sent très fatiguée et elle s’inquiète. Elle ne connaît ni le français ni l’anglais. Elle ne peut pas expliquer sa situation ni comprendre ce qu’on lui dit. Son compagnon, qui est en Suisse, a demandé à plusieurs reprises qu’elle puisse loger chez lui où elle pourra se reposer et vivre paisiblement sa grossesse. Avec l’aide de quelqu’un pour traduire, le personnel de l’intendance lui explique qu’il n’est pas bon pour son dossier qu’elle aille chez son fiancé. C’est faux, mais elle ne connaît pas la Suisse et elle a peur. Alors elle reste au centre et effectue les tâches ménagères qu’on lui attribue régulièrement. A la cuisine, elle doit porter les bacs de vaisselle qui sont lourds. Ce sont les autres dames qui la soutiennent, prisonnières comme elle des obligations et des injonctions du centre. Elles lui disent de s’assoir et de se cacher dans un coin et qu’elles feront le travail à sa place.
Il ne faut pas qu’on la voit inactive sinon elle sera sanctionnée. Les sanctions sont à bien plaire du personnel sur place, prononcées oralement et immédiatement appliquées, dans le plus parfait arbitraire. Les gens n’ont pas le droit ni de s’expliquer, ni de se défendre. L’autorité a toujours raison dans ces litiges. Ces sanctions consistent notamment en privation de sortie du centre pendant un jour, en privation d’argent de poche pendant une semaine, en privation de lessive, ou en privation de billet de train pour se rendre dans sa famille un week-end.
En l’occurrence, la dame a prolongé une fois son week-end chez son fiancé et n’est retournée au centre que le mardi au lieu du dimanche soir. La réaction à son indiscipline a été de la priver le lendemain de sortie du centre toute la journée, et le jeudi suivant, son argent de poche hebdomadaire de 21 frs était amputé de 6 frs. Le personnel lui a précisé qu’au prochain affront aux règles d’assignation au centre, elle sera privée de sortie tout un week-end et son argent de poche complètement supprimé.
La dame a aussi a dû aussi demander à plusieurs reprises qu’on daigne lui proposer une couchette en bas, pas en haut du lit superposé, parce qu’elle doit se lever souvent la nuit.
Et cette autre femme, qui souffre d’arthrite à un stade avancé, qui a les bras et les jambes gonflés, qui se déplace difficilement, il a fallu elle aussi qu’elle supplie qu’on lui attribue un lit en bas, pas en haut des couches superposées, où elle ne pouvait que difficilement monter, et plus difficilement encore descendre. Elle a été séparée de sa fille et de son petit-fils. Ce dernier, âgé de 7 ans, ne comprenait pas pourquoi il ne pouvait pas loger dans la même chambre que sa grand-mère alors qu’ils vivaient avec elle avant de fuir le pays et qu’il y est très attaché. A sa place, le centre avait placé un couple qui s’embrasse, ce qui a mis la jeune mère dans une situation embarrassante. A plusieurs reprises ils ont demandé de pouvoir loger dans le même dortoir et l’autorité a refusé. Pourquoi ? Parce que la grand-mère, sa fille et son petit-fils ne forment pas une « famille » leur a-t-on dit. Les « familles » ce ne sont que les couples avec leurs enfants mineurs et donc, elles n’ont pas le « droit » de loger dans le même dortoir.
Il n’existe aucune loi qui dise une chose pareille. Ce n’est là qu’invention pour montrer qui commande dans le centre et signifier à ces dames qu’elles ne sont pas les bienvenues en Suisse, qu’elles sont des êtres inférieurs, qui doivent obéir et supporter les contraintes qu’on leur impose parce que c’est le rôle qui leur est assigné dans le centre, d’être soumises aux injonctions de l’autorité qui traite de leur demande d’asile.
Une autre famille, un couple et leurs deux filles âgées de 5 et 7 ans, ont passé trois mois au centre de Vallorbe. Ils y souffraient de la promiscuité, du manque d’activités et du manque de sphère privée. Les filles se trouvaient mêlées de manière indistincte à un grand nombre d’adultes qui ne sont pas de leur famille et avec qui elles n’ont aucun lien. Le dortoir accueillait d’autres familles et il y avait beaucoup de va-et-vient, de gens qui arrivent, d’autres qui partent, on ne sait où. Dans ce centre, il n’y a aucun espace pour les enfants et rares sont les occupations qui leur sont proposées, par des bénévoles, reçus au compte-goutte dans le centre qui ne tolère pas les regards extérieurs. Il n’y a aucun ameublement dans le dortoir qui n’est qu’un lieu de transit et ne peut donc pas servir de lieu de séjour. La salle du réfectoire est immense et raisonne très bruyamment, de sorte qu’on a rapidement mal à la tête. Les filles étaient éreintées par ces conditions de vie. Le matin, elles ne parvenaient pas à se lever à 7h00 et elles ne recevaient donc pas de petit déjeuner parce que la nourriture n’est distribuée qu’aux horaires fixés. Il n’y a rien en dehors des heures de repas pour les enfants.
Il n’existe aucune raison de procédure de maintenir les gens aussi longtemps dans les centres fédéraux. L’audition, souvent unique, a lieu dans la semaine qui suit leur arrivée et après, ils ne font qu’attendre une décision qui leur est adressée par écrit et remise par les agents de sécurité sous enveloppe fermée, sans explications. Ils pourraient tout aussi bien attendre leur courrier dans un canton.

Si l’accueil d’urgence d’une population sans ressources et sans aucun point de chute en Suisse implique sans doute des contraintes, cela ne justifie pas une durée de séjour dans des centres aussi peu adaptés à l’accueil des personnes vulnérables, malades, ou des enfants, pendant plus d’une semaine. C’est uniquement comme pratique dissuasive en matière d’asile que ces centres fédéraux prennent de plus en plus d’importance, et aussi comme forme d’appropriation par le SEM de tout le champ de l’asile, y compris des demandeurs d’asile eux-mêmes et de leur destinée, au prix de la liberté ou de la dignité des gens, et au mépris de l’asile lui-même, c’est-à-dire de l’accueil de celui ou celle qui, oppressé-e dans son pays d’origine, est en quête de liberté.

mercredi 1 février 2017

Manifestation antiraciste, 4 février 2016, 14h00, Waisenhausplatz, Berne

La Suisse a un problème de racisme – Luttons contre le racisme, ici et partout ! 
Manifestation antiraciste, 4 février 2016, 14h00, Waisenhausplatz, Berne

Revendication: 

Arrêter les expulsions

Mettre fin au profilage racial

Créer des routes sûres pour les réfugié_e_s, ouvrir les frontières

En finir avec le système de Dublin, libre circulation et droit de rester pour toutes et tous

Fermer les camps

Surmonter l’exploitation et l’inégalité raciste

Renforcer la résistance antiraciste et antifasciste

Pétition urgente en faveur de la famille Demiri

Aferdita Demiri est une femme de 38 ans d’origine albanaise. Elle est maman de trois enfants, Elza (10 ans), Eltjona (6 ans) et Ervin (3 ans). Avant son arrivée en Suisse, Aferdita et ses enfants vivaient dans la commune de Preševo, région de Serbie proche de la frontière avec le Kosovo. Elle a quitté sa région et a demandé l’asile en Suisse en décembre 2014, suite à d’importants conflits conjugaux avec son mari, sa famille et sa belle-famille. Tous l’ont exclu de la communauté, suite à une agression sexuelle dont elle a été victime dans un hôpital où son fils était soigné. Depuis son arrivée en Suisse, Madame Demiri n’a plus aucun contact avec sa famille ni la famille de son mari. En cas de retour, elle craint les violences dont elle et ses enfants pourraient être victimes ou encore l’enlèvement  de ses enfants par sa belle-famille.

Depuis son arrivée en Suisse, Mme Demiri déploie beaucoup d’efforts pour favoriser l’intégration de ses enfants. Elle est très impliquée dans la scolarité de ses filles, qu’elle encourage à bien travailler. Le plus jeune enfant a d’importants problèmes de santé. Il est atteint d’une paralysie cérébrale sévère et d’épilepsie, ce qui nécessite passablement de soins (visites médicales, ergothérapie, physiothérapie, etc.). À cet effet, Mme Demiri fait tout son possible pour accompagner du mieux qu’elle peut son fils dans ses difficultés. Elle prend chaque jour le temps de faire avec lui les exercices appris en ergothérapie, dans le but de favoriser son développement moteur. Ervin est par ailleurs reconnu par l’AI. En cas de retour, il ne pourrait plus bénéficier de cette prise en charge pluridisciplinaire indispensable à son développement. Selon le SEM, sous prétexte que sa maladie est incurable, il n’est pas indispensable qu’une telle prise en charge puisse se poursuivre.
Les autorités suisses ont ainsi décidé de renvoyer Aferdita et ses enfants en Serbie.

Nous soussigné·e·s demandons qu’elles reviennent sur leur décision et que Afredita, Elza, Etjoina et Ervin puissent recevoir un permis de séjour stable en Suisse.

Nous demandons aux autorités de réviser leur appréciation de la situation et de régulariser le statut de la famille Demiri dans notre pays.

Vous pouvez télécharger la pétition ici et la renvoyer au plus vite, même incomplète, à Droit de rester, c/o Coordination asile-migration, case postale 5744, 1002 Lausanne.