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mardi 15 juin 2021

Victoire d'étape: le Grand Conseil vaudois soutient notre demande de permis humanitaire pour Solomon!

Aujourd’hui le Grand Conseil vaudois a adopté la résolution déposée par le député Hadrien Buclin en faveur d’un permis humanitaire pour Solomon Arkisso, en danger après son renvoi forcé de Suisse en janvier dernier. 
Avec 72 oui, 63 non et 5 abstentions, ce sont des partis de la gauche, du centre et même de la droite qui ont estimé que la situation alarmante vécue par Solomon depuis son retour forcé en Éthiopie mérite que les autorités suisses lui délivrent un visa humanitaire de toute urgence. Le Grand Conseil vaudois exhorte donc le Conseil d’État vaudois à demander au Conseil fédéral de délivrer un permis humanitaire de toute urgence pour Solomon. Un député PLR, Guy Gaudard, s’est même engagé pour garantir une place d’apprentissage à Solomon, si celui-ci venait à retourner dans le canton. 
 Pour le collectif Droit de rester, cette victoire, qui pour l’heure reste certes symbolique, montre que la pratique des renvois forcés continue de scandaliser une large partie de la classe politique et de la société suisse. Le vote des parlements de deux cantons, celui de Genève et de Vaud, en faveur de permis humanitaire pour Tahir et Solomon, déportés en Éthiopie en janvier dernier en sont la preuve. 
Les renvois forcés représentent une absurdité absolue, séparant familles et proches et mettant en danger la vie de personnes qui participaient de manière active dans le tissu social de leur canton et du pays.

lundi 7 juin 2021

Il faut un permis humanitaire urgent pour Solomon Arkisso!

 Il faut délivrer un permis humanitaire à Solomon Arkisso en danger suite à son renvoi en Ethiopie.

Solomon Arkisso est en danger ! Renvoyé de Suisse par la force le 27 janvier 2021 en Ethiopie, il est actuellement dans une situation extrêmement alarmante.

Solomon vit depuis plusieurs mois caché chez des ami.e.s. Il ne reste jamais au même endroit par crainte qu'on ne le trouve. En effet, la police fédérale éthiopienne est déjà venue à plusieurs reprises chez sa mère, résidence principale de Solomon, afin de l'arrêter sous prétexte qu'elle voulait avoir des informations concernant le déroulement de son expulsion de Suisse.

Les policiers ont également menacé la mère de Solomon et les personnes présentes sur place de prendre des mesures contre eux en les accusant de complicité et de manque de collaboration avec le gouvernement éthiopien si Solomon ne se présentait pas rapidement au bureau de la police fédérale. La situation actuelle ne met pas seulement en danger la vie de Solomon mais aussi celle de sa famille. Son retour provoque un climat d'angoisse et de peur au sein de celle-ci.

Avant de s’exiler en Suisse, Solomon Arkisso jouait au football pour plusieurs clubs connus d'Addis-Abeba et son renvoi forcé n'est pas passé inaperçu à son retour en Ethiopie. Dès son arrivée, il a été contacté par les médias de l'opposition au gouvernement actuel. Il a accepté d'être interviewé par un de ces médias : une vidéo du 8 mars 2021 circule sur YouTube où on l'entend critiquer ouvertement le gouvernement éthiopien actuel.

Solomon est de l'ethnie Oromo par son père et Guragie par sa mère. L'ethnie Oromo est discriminée par le gouvernement en place en Ethiopie (non reconnaissance linguistique et culturelle). De plus, il est proche du parti Oromo Liberation Front (OLF), cible de persécutions de la part du parti au pouvoir. En Suisse, Solomon n’a pas arrêté son engagement auprès de la communauté Oromo et a soutenu les actions et manifestations de contestation du gouvernement éthiopien. Il craignait que son retour ne l’expose à une persécution directe de la police fédérale ; ses craintes ont malheureusement été confirmées.

Solomon avait dû s'exiler en Suisse car il subissait déjà des persécutions politiques en raison de ses engagements. Après son renvoi en Ethiopie, malgré le changement de pouvoir, Solomon est perçu comme un terroriste et la pression de la police fédérale contre lui n’est que plus forte puisque son engagement au sein de l’OLF ne s’est pas affaiblie et qu’il a témoigné contre le gouvernement dès son entrée sur le sol éthiopien.

A l'approche des élections, qui ont été repoussées pour la troisième fois, plusieurs dirigeants de l’OLF et d'autres partis d'opposition ont été emprisonnés et retirés des listes électorales. Les arrestations de masse de militant.e.s et de sympathisant.e.s de l'opposition se poursuivent. Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains dont Amnesty International, Human Rights Watch et l’OSAR sonnent l’alarme depuis des mois sur les graves violations actuellement perpétrées en Ethiopie. Aujourd’hui, les tensions ne sont plus confinées à la région du Tigré comme c’était le cas en janvier 2021, elles se sont généralisées dans tout le pays. Solomon Arkisso n’est pas en sécurité.

Très apprécié des personnes qui l’ont côtoyé, Solomon est un exemple d'intégration. Travailleur assidu, il a contribué pendant plusieurs années à l’entretien des foyers de l'EVAM. Sportif, il a joué au football au CS Chavannes et au FC Morges. Il a mis sur pied plusieurs équipes éthiopiennes de football. Juste avant son expulsion, il était sur le point de mettre en place une équipe de foot pour les participant.e.s de la mesure d’insertion professionnelle Embellimur. De plus, son projet de création de vélos électriques à partir de matériaux recyclés a impressionné toutes les personnes qui ont travaillé avec lui.

Le 21 mai, le Grand Conseil genevois a adopté une résolution demandant au Conseil d’Etat genevois de plaider auprès du Conseil fédéral pour que Tahir Tilmo, ressortissant éthiopien déporté le même jour que Solomon, obtienne un visa humanitaire.

Nous demandons que le Grand Conseil vaudois entreprenne la même démarche pour sauver la vie d’un être humain mis en danger suite à la décision d’expulsion prononcée par le SEM. Si l’intégrité physique, voire la vie de Solomon Arkisso devait être atteinte, les autorités vaudoises et suisses en porteraient en partie la responsabilité.

dimanche 31 janvier 2021

Des nouvelles de Solomon

Suite au vol spécial vers l’Éthiopie du mercredi 27 janvier 2021 qui a eu lieu malgré la grève
de la faim et de la soif, les protestations et la grande mobilisation, les prises de position et
les résolutions de l’ONU en Suisse, vous trouverez ci-dessous des nouvelles de Solomon et
la manière dont les derniers jours avant son expulsion ce sont déroulés.
Ce témoignage soulève de nombreux incidents qui méritent des investigations
supplémentaires et qui doivent être dénoncés !
Contact 
collectif at stoprenvoi.ch

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Un plan de vol pour l'Éthiopie a été remis à Solomon il y a cinq mois. Plan de vol qu'il a refusé. Sa vie était en Suisse. Il travaillait dans un atelier de mécanique vélo, était engagé dans le foyer dans lequel il vivait, apprécié de tout le monde. C'était évident qu'il ne pouvait pas accepter de partir. Suite à son refus, il a continué à recevoir, comme auparavant, l'aide d'urgence (qu’il devait renouveler tous les 2-3 mois). Puis, rien d'autre, la vie continuait. Pas d'assignation à résidence l'obligeant à rester à la maison en attendant que la police l'emmène, pas d'ordonnance pénale, rien. Rien n'indiquait qu'il allait être arrêté prochainement dans les locaux du service de la population (SPOP).

Mardi 19 janvier 2021. Au matin, Solomon va renouveler son papier d'aide d'urgence (action qu'il devait faire régulièrement pour garder son droit au logement à l'EVAM entre autres). La personne au guichet lui demande de patienter dans la salle d'attente. 10 minutes plus tard, deux policiers pénètrent dans les locaux du SPOP et l'embarquent. Menottes aux poignets, sans aucune explication. Solomon se sent traité comme un criminel. Sans que personne ne lui explique ce qui lui arrive, il est emmené en voiture. Pendant le trajet, Solomon demande à joindre son patron pour le prévenir qu'il ne sera pas au travail l'après-midi. C'est la seule demande qui lui est consentie. Il va changer plusieurs fois de véhicule - voitures et fourgonnettes - il est complètement déboussolé et ne comprend pas pourquoi tout ce cirque pour le transporter qui sait où. Ce n'est qu'en arrivant sur place qu'il apprend qu'il a été emmené à Genève, à la prison de Frambois, où il passera la nuit. 

Mercredi 20 janvier. Solomon est ramené à Lausanne pour comparaître devant le tribunal des mesures de contrainte et d'application des peines. Là, Solomon rencontre pour la première fois, et qui fut aussi la dernière, l'avocat qui lui a été attribué (qui était, en fait, le stagiaire de l'avocate censée s'occuper de sa situation), accompagné d'un interprète anglais, langue que Solomon ne parle pas. Lorsqu'il le fait remarquer au procureur, ce dernier lui répond : "On va faire avec". Sous-entendu par-là que Solomon ne connaîtra pas le contenu du jugement, à part quelques éléments qu'il a compris en français et de bribes d'anglais. Oui, malgré le fait qu'il ait précisé qu'il ne parlait pas anglais, l'ensemble du jugement lui a été traduit dans cette langue.

Ensuite, Solomon est ramené à Frambois, au sous-sol, dans une pièce avec toilettes et lavabo. Il y est placé en isolement jusqu'au mardi suivant. Il n'est autorisé à voir personne, mesure COVID. Il reçoit les appels seulement quand le personnel de la prison est disponible pour les lui transférer. Impossible non plus de lui rendre visite.

Plus aucune nouvelle de sa supposée avocate jusqu'au lundi 25 janvier, date à laquelle il reçoit un appel pour lui dire qu'elle passera mardi. Or, mardi, personne ne vient.

Dans la nuit de mardi 26 à mercredi 27, ses ami.es, son équipe de foot, viennent devant la prison de Frambois depuis Lausanne, pour être là au cas où Solomon serait emmené de nuit à l'aéroport. Iels veillent toute la nuit jusqu'au petit matin, avant de retourner à Lausanne pour le travail. Deux heures plus tard, on apprend que la police vaudoise est arrivée à Frambois avec l'intention de ramener Solomon dans le canton de Vaud. Il est dit aux personnes encore postées devant la prison en soutien aux incarcérés, que le vol n'aurait "peut-être pas lieu".

Les ami.es de Salomon appellent Frambois pour savoir où il a été transféré. Les gardiens leur répondent qu'ils ne peuvent pas donner cette info, qu'ils doivent appeler le service de la population (SPOP) vaudois. Lorsque ses ami.es appellent le SPOP, on leur dit que seule l'avocate peut avoir accès à ces informations. Sa sœur ne compte pas. Son avocate n'en a rien à faire de lui, mais plusieurs personnes essaient de l'appeler tout de même puisqu'elle semble être la seule à avoir droit à cette information si confidentielle. On pense qu'il a été emmené à nouveau dans les locaux de la police cantonale de la Blécherette. Le pourquoi du comment les policiers ont procédé ainsi reste un mystère. L'avocate attend la journée du mercredi 27 janvier, le jour du vol spécial, pour faire une demande de réexamen, qui bien sûr arrivera trop tard. Elle laisse encore cette journée s’écouler avant de lâcher qu’elle ne sait pas où se trouve Solomon, sans avoir pris la peine de passer un coup de fil à la réception de la police cantonale.

Mercredi 27 janvier. Dans la soirée, Solomon est transféré depuis Lausanne vers l'aéroport de Genève (matin à Frambois, après-midi à Lausanne, retour à Genève le soir). Il aura dû d’abord subir la torture psychologique de la police de la Blécherette. Affaibli par sa grève de la faim et cherchant à trouver du repos, Solomon est réveillé à maintes reprises par les policiers qui entrent dans sa cellule, lui enlèvent la couverture, puis repartent. Il est ensuite déshabillé, et plaqué contre le mur pour une fouille intégrale - lors de laquelle les policiers se foutent de lui.

"Ils m'ont humilié jusqu'au bout"

 A nouveau menotté, il est embarqué dans une voiture. Personne ne lui dit où il va. Une fois arrivé à l'aéroport de Genève, il est contraint de se diriger vers l'avion, encadré par deux policiers. Quand Solomon monte dans l'avion, les policiers précisent qu'il a un certificat médical. Dans l'avion, ils étaient 7 Ethiopiens de Suisse, 3 des cantons romands et 4 des cantons germanophones, plus de 40 policiers. Pendant le trajet, un des policiers lui tend une enveloppe en lui disant que c’est de l’argent auquel il a droit, une somme d’un peu plus de 1000 .-. Solomon signe une sorte de reçu, attestant qu’il a bien reçu l'argent, un papier écrit à la main. Arrivé à Addis Abeba, il ouvre l'enveloppe dans laquelle il n'y a plus qu’une centaine de francs, le policier lui a donc dérobé 1000.-. « J'aimerais comprendre pourquoi il a fait ça ».

Solomon a pu sortir de l’aéroport et il va « bien », il atterrit.

[Témoignage recueilli par les ami.es de Solomon]

jeudi 28 janvier 2021

Le renvoi de la honte vers l'Ethiopie a eu lieu!!

 Nous relayons le communiqué des ami-e-s de Tahir et nous associons à leur colère!


Communiqué de presse – 28 janvier 2021

 

Tahir expulsé: les autorités genevoises exécutent un renvoi inqualifiable!

Une mobilisation large d’ami·e·s de Tahir a organisé une présence jour et nuit du 25 au 27 janvier devant le Centre de détention administrative de Frambois pour dénoncer le renvoi de Tahir et de 2 autres personnes vers l’Ethiopie, un renvoi organisé par vol spécial Frontex.

Depuis plusieurs jours, Tahir était en grève de la faim et de la soif. Mardi matin 26 janvier, la police l’a contacté pour lui proposer 1'000 CHF en échange de l’acceptation de son renvoi, ce à quoi Tahir a répondu que sa vie n’était pas à vendre. Il s’agit d’une pratique inacceptable et que nous dénonçons.

Mercredi 27 janvier vers midi, l’état de santé de Tahir s’est dégradé et il a été transféré aux urgences des HUG. Vers 18h, nous avons appris qu’il serait emmené à l’aéroport. Plusieurs dizaines de personnes se sont postées devant différentes sorties des HUG afin de lui dire au revoir, et de former une chaîne humaine symbolique contre son renvoi.

Alors que nous étions masqués et respections les distances physiques sanitaires, les forces de police ont procédé à des contrôles de papiers et menacé de dresser des amendes. C’est à ce moment que Tahir a été sorti de son lit aux urgences pour être emmené à l’aéroport. Le mouvement s’est alors déplacé devant le Terminal 2, d’où le vol spécial devait partir. De nombreuses démarches ont été menées en parallèle pour demander aux autorités genevoises, en charge de l’exécution du renvoi, d’empêcher ce renvoi inacceptable. L’espoir a persisté jusqu’au bout, l’avocate de Tahir, Maitre Buser, ayant fait un dernier recours ce 27 janvier en fin de journée auprès du Tribunal Administratif Fédéral avec mesures d’urgence.

A 22h, le vol spécial Frontex, mutualisé avec l’Allemagne, s’envolait vers Addis Abeba, avec escale à Athènes pour embarquer d’autres personnes déboutées. Au vu de tous les éléments questionnant la légitimité du renvoi de notre ami, nous sommes extrêmement choqués que le Canton n’ait pas usé de son pouvoir pour renoncer à l’exécution de ce renvoi.

Nous dénonçons tout particulièrement que:

  • Tahir ait été arraché de son lit d’hôpital aux urgences pour être mis de force dans l’avion
  • Aucun test PCR n’a été effectué au départ de la Suisse, alors que cette dernière doit le réaliser avant tout départ
  • Les autorités genevoises n’ont rien fait pour empêcher ce renvoi, alors que son exécution relevait de leur compétence

Nous avons appris ce jeudi matin que Tahir est bien arrivé à Addis Abeba.

Le contact avec lui ne sera pas rompu.

Les ami·e·s de Tahir