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mercredi 23 mai 2018

L’enfer c’est l’EVAM


22 mai 2018 
L’EVAM est une institution étatique répressive dont le but politique est le contrôle et la gestion des populations migrantes indésirables qui lui sont attribuées comme «bénéficiaires» de «prestations d’aide». La délivrance de cette aide aux personnes dans le besoin est organisée de manière à entraver l’exercice de leurs libertés individuelles, à les priver d’autonomie personnelle et à restreindre leurs contacts sociaux pour les empêcher de s’intégrer. Les «bénéficiaires» sont confrontés à une absence de perspectives d’avenir. On attend d’eux qu’ils quittent spontanément la Suisse par épuisement moral du fait des conditions de vie insupportables spécialement aménagées pour eux.
Avec les années, l’aide d’urgence telle que délivrée par l’EVAM est devenue un mécanisme d’intervention étatique contre les libertés et la sphère privée des «bénéficiaires» parfaitement abouti, en ce sens qu’il n’existe aucune échappatoire aux pressions exercées, ni juridique, ni sociale, ni économique, ni par aucun moyen.
De très nombreuses familles sont victimes de ces mesures et vivent dans des conditions éprouvantes, éreintantes et déstructurantes, parfois sur le très long terme.
Voici par exemple un couple parent de quatre enfants en bas âge, âgés respectivement de 3 ans, 2 ans, et deux jumeaux de 6 mois, ce qui représente des charges de famille exceptionnelles.
La situation est aggravée par l’état de santé de la mère, âgée de 24 ans, qui est partiellement paralysée du côté gauche. Quoiqu’elle marche, elle ne peut pas aller loin, notamment elle ne peut pas se rendre jusqu’au métro. Elle doit être conduite à ses rendez-vous médicaux en taxi. Elle a subi des viols collectifs en situation de séquestration lors de la traversée de la Libye. Ces violences ont nécessairement profondément affecté sa capacité à affronter les difficultés, son intégrité, sa dignité et son désir de vivre. Elle se trouve dans un état psychique d’intense détresse.
Elle ne peut pas emmener ses enfants à l’extérieur ni faire le ménage ou la cuisine. C’est son mari qui assume toutes les tâches domestiques, y compris la préparation des repas ou la douche des enfants. Lors de ses rendez-vous au SPOP ou à l’EVAM, il ne peut pas laisser les enfants à son épouse et il doit les emmener les quatre. C’est lui qui sort et promène les enfants pendant la journée.
Cette situation difficile en soi est considérablement compliquée par les conditions d’octroi de l’aide d’urgence que l’EVAM leur impose.
Toute la famille est logée dans une seule pièce de taille médiocre. L’espace au sol est encombré par les meubles de rangement, une table et les lits pour quatre enfants et deux adultes. Les murs et les sols sont défraîchis ou usés, la fenêtre est grillagée. L’ensemble est triste, moche, incommode et inadapté aux besoins de la famille.
La pièce se trouve dans un centre collectif de sorte que la famille partage avec d’autres les douches, l’unique toilette et la cuisine contenant une cuisinière à quatre plaques et un four. Comme toujours dans ces centres, la cuisine est très mal équipée. Il ne s’y trouve notamment pas de table pour poser ses affaires ou préparer les repas, et les jeunes enfants qui accompagnent leurs parents sont assis par terre sur le carrelage.
La famille ne peut pas laisser ses casseroles, assiettes, linges, paquets de nourriture ni aucune de ses affaires, ni dans la cuisine, ni dans la salle de bains où il n’y a pas d’espace de rangement réservé. Il faut chaque jour et pour chaque repas ou douche préparer tout le matériel et le transporter dans l’espace commun puis le ramener dans la chambre. Il faut de l’endurance pour cuisiner quotidiennement dans ces conditions, et se disputer les plaques chauffantes avec les autres familles aux heures habituelles de préparation des repas.
La chambre, défraîchie et encombrée, où la famille vit dans la promiscuité, est désordonnée. Toutes les affaires doivent y être entreposées dans des placards qui ne contiennent pas suffisamment d’étagères, sous les lits, au-dessus des placards, dans des caisses contre le mur, sous la table, partout où un peu d’espace est disponible. Cette surcharge épuise moralement.
Il n’y a pas de place de jeux pour les enfants à proximité du centre de l’EVAM qui ne donne pas de titre de transport. Les enfants auraient besoin d’aller dans un parc ou même de se promener au bord du lac pour se dépenser, prendre l’air, échapper à l’enfermement. Mais se rendre en promenade sans moyens de transport est une complication. Non seulement le père est seul pour accompagner les quatre enfants, mais il ne peut pas prendre le bus et se retrouve à marcher dans les rues urbaines autour du centre ou à marcher un temps long pour emmener les enfants dans un autre quartier et accéder à un parc.
La privation des moyens économiques et des moyens de transport est l’une des stratégies d’isolement social des familles qui entraîne leur épuisement, en les contraignant à occuper leurs journées aux tâches liées à la survie.
L’EVAM ne délivre aucun argent de poche. Les aliments sont à prendre au guichet au rez-de-chaussée du centre, sur commande une ou deux heures avant, chaque jour, d’après une liste à cocher remise à la famille.
Les enfants n’aiment pas le lait en poudre distribué par l’EVAM et les parents n’ont d’argent pour en acheter un autre. Ils ressentent durement et comme une humiliation l’impossibilité de faire des achats autonomes pour faire plaisir à leurs enfants et comme moyen de créer des liens ou d’avoir des activités avec eux. La famille n’a aucune disponibilité en espèces et ne peut pas même leur offrir une glace un après-midi de beau temps par exemple.
La famille se trouve dans un état de survie au jour le jour. Les conditions dans lesquelles elle reçoit une aide restrictive, éprouvantes en elles-mêmes, ajoutent à la pénibilité d’une situation familiale lourde.
La situation de crise, due à la précarité, à l’exclusion et au surmenage est voulue. C’est une conséquence directe de la façon dont l’EVAM distribue la nourriture, prive de moyens de transport et d’argent, et assigne une place d’hébergement insuffisante, mal équipée et inadaptée aux besoins d’espace, de repos et de sphère privée de la famille.
Ces conditions affectent la santé de tous. Les parents sont épuisés et en détresse. Les enfants ne grandissent pas dans un cadre sécurisant. Leurs parents manquent de disponibilité en raison des difficultés d’organisation quotidiennes qui absorbent leur temps et leur résistance. La toilette, la cuisine, les promenades ne sont pas des tâches normales pour eux, mais un parcours d’endurance.

Ces conditions sont discriminatoires et portent atteinte à la dignité même des personnes soumises à la distribution d’aide par l’EVAM. La Cour rappelle, dans un arrêt à propos de difficultés de mobilité rencontrée par une personne handicapée, que cette dernière a le droit de recevoir le soutien de la communauté pour lui permettre, autant que possible, de vivre de façon indépendante et autonome, ce qui est un besoin fondamental de l’être humain, le sens de toute liberté. (Enver Şahin c. Turquie, n° 23065/12, 30 janvier 2018, § 70 et 72)

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