Nous soutenons l'occupation de l'église St-Laurent par le Collectif-R afin d'y constituer un refuge contre les renvois de requérant-e-s d'asile débouté.e.s. Stop aux renvois Dublin! Soutenez le refuge et signez le manifeste:

mercredi 7 janvier 2009

Occupation de la Predigerkirche: une lutte contre l'oubli



Zürich, Noël 2008. Vive agitation dans le hall de la gare centrale. Des touristes se pressent pour prendre en photo un gigantesque arbre de Noël qui brille de mille feux. Le rêve d’une vie dorée à portée de caméra. A quelques centaines de mètres, nous découvrons une autre réalité. Depuis le 19 décembre, les banderoles qui décorent la Prediger Kirche contrastent avec le clinquant du Nieder-Dorf. Quelques dizaines de personnes luttent contre le froid, autour d’un thé chaud bienvenu.
Droit de rester!
Ces hommes et femmes viennent du monde entier et revendiquent une analyse moins bureaucratique et plus humaine de leur situation. Il semble en effet que le canton de Zürich réserve un accueil plus que glacial à celles et ceux qui y cherchent refuge. Les personnes à qui les autorités ont refusé l’asile, se retrouvent sans papiers. Rejoignant la cohorte de celles et ceux qui travaillent sans titre de séjour. Face à cette intransigeances, ils ont occupé cette église le 19 décembre, afin d’alerter la population et créer un rapport de force avec les autorités cantonales.

Il est vrai que, sur les bords de la Limmat comme ailleurs, les nouvelles lois sur l’asile et les étrangers en vigueur depuis 12 mois ont fait de nombreuses victimes. Réfugié-e-s frappé-e-s de non entrée en matière (NEM), débouté-e-s de l’asile, touts sont censés quitter le territoire suisse. Rester ici en fait des illégaux que les autorités mettent périodiquement en prison pour infraction à la loi.

Face à la dureté de ces lois, une des rares portes de sortie consiste à obtenir un permis B sur la base des « articles de rigueur », autorisant les cantons à soumettre des cas spéciaux de personnes qui seraient restées plus de cinq ans, et qui ont montré qu’elles étaient intégrées. Le collectif du Bleiberecht Zürich a ainsi soutenu une demande d’une famille bolivienne en Suisse depuis 20 ans, si emblématique de la vie souterraine que vivent les quelque 100'000 Sans-Papiers de Suisse. Alors que tous les critères semblaient être respectés, le canton a refusé cette demande. De nombreux cas similaires ont été refusés, puisqu'aucune situation n'a été présentée aux autorités fédérales, contre plus de 300 dans le canton de Vaud.

Les réfugié-e-s aux commandes

L’église est grande, très haute sous ses voûtes blanches, mais il y fait aussi bien frais. La paroisse a refusé que les réfugiés utilisent la cuisine, et la nourriture est préparée ailleurs. Près de 80 personnes dorment ici chaque soir, sur des matelas de fortune et dans les couvertures militaires. Hussein, un Kurde irakien et John du Kenya me garantissent que le peuple suisse est bon et généreux. Que si les gens savaient ce qui se passait, ils ne laisseraient pas faire. Ils font partie du groupe d’activistes qui ont pris en charge l’organisation logistique et politique, soutenus par les copains suisses. Des groupes « communautaires » se réunissent avant les réunions générales, afin de définir des positions qui seront transmises par des délégué-e-s. Le soir, la réunion est traduite en trois langues, français, allemand et anglais.
Mardi 30, quelques personnes de Lausanne et Vevey répondent à l'invitation faite par les Zürichois, et viennent raconter leurs luttes. Les copains et copines Congolais se posent de graves questions concernant la présence peu avant Noël, d'une délégation de fonctionnaires de Kinshasa, qui sont venus pour interroger les personnes en instance de renvoi. Y a-t-il eu un mouchard? Ils et elles sont tendu-e-s. Après une réunion de préparation pour la manifestation de samedi, la petite conférence commence avec les Lausannois à la place du pasteur... Ils et elles racontent avec émotion. L'occupation de 2001 à Bellevaux, puis celle de la coordination asile entre 2004 et 2006 dans diverses églises de Lausanne. Le discours de Graziella galvanise tout le monde. Grâce à ce type d'actions, nous pouvons nous sentir plus fort-e-s et plus solidaires même si nous savons que c'est extrêmement pénible psychiquement. Kamber explique qu'il a beaucoup gagné lors de son séjour de 5 semaines dans une église lausannoise. Il aurait fait le tour de la terre si cela avait été nécessaire pour amener son soutien à l'équipe du Bleiberecht. L'ambiance est bonne, des femmes africaines encouragées par les discours à prendre plus de place, rétorquent à chaque constat, ou acquiescent gravement. Finalement, l'assemblée s'emballe et chante le slogan -peu orthodoxe- "Regularisez, tous les sans-papiers". Chouette moment qui redonne vie à cette église au style gothique glacial.
Samedi, nous revenons à quelques uns pour participer à la manifestation. Malgré le froid mordant qui caractérise les bords de la Limmat, plus de 1000 personnes sont là, avec de nombreuses banderoles, des chants, des casseroles. Tout se passe bien, sous la direction bicéphale d'un Iranien et d'un Somalien... Nous nous prêtons tant bien que mal aux chorégraphies qu'ils mettent en place dans la bonne humeur. Moïse porte une banderole "Nous nous battrons jusqu'au bout pour notre dignité". Arrivé du Congo en 2004, il a passé onze jours dans l'aéroport avant d'être frappé de non entrée en matière. On lui propose de choisir entre l'avion ou la prison. Il préfère la prison, où il reste trois mois. Finalement, il est mis à l'aide d'urgence. Bien qu'il n'ait jamais reçu de permis N, ni aucun papier officiel de la Suisse, il travaille pour la Brockenhaus, 8 heures par jours durant plus de deux ans. Payé 250 francs par mois pour faire des déménagements, il espère au moins pouvoir faire valoir ce travail comme une preuve d'intégration. Malheureusement, il semble que ce ne soit pas suffisant, comme nous l'avons aussi dénoncé pour le canton de Vaud. Reste la lutte politique. Une vingtaine de personnes du collectif de Berne sont là aussi, et tout le monde sent son espoir ravivé dans la mobilisation. Le lendemain, les occupant-e-s de la Prediger déménagent en signe d'apaisement et gagnent l'église Stauffacher.
Quelles belles leçons nous donnent ces femmes et ces hommes qui nous montrent un chemin de liberté et de lutte pour la dignité et les droits.

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