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mardi 5 juin 2012

Evam, dont't sleep

C'est sous ce titre que sept employé-e-s de l'EVAM ont adressé hier une lettre ouverte au journal Le Temps qui en rend compte dans son édition du mardi 5 juin 2012. Nous nous sommes procuré cette lettre que nous reproduisons ici en intégralité de manière anonyme pour respecter la volonté des signataires.


EVAM, don't sleep

Le 21 mai 2012, l’EVAM (Etablissement Vaudois d’Accueil des Migrants) a ouvert à Morges une nouvelle structure fonctionnant sur le mode « sleep-in ». Les personnes hébergées n’auront pas de place attribuée et aucune structure d’accueil de jour n’est prévue. Chaque jour ils devront retourner à Lausanne pour obtenir un lit pour le soir. Le trajet Morges - Lausanne ne sera pas pris en charge. Cette structure est prévue pour des hommes seuls ayant demandé l’aide d’urgence.



Nous sommes des employé(e)s de l’EVAM qui travaillons régulièrement ou occasionnellement avec cette population. Ce mode de fonctionnement nous apparaît comme une grave erreur et nous heurte profondément sur le plan éthique. Ce « sleep-in » constitue pour nous une trahison de la mission de l’EVAM qui reste l’accueil des migrants. C’est donc par loyauté à cette mission, que nous avons décidé de prendre la parole.



L’aide d’urgence a pour vocation constitutionnelle de garantir le minimum de la dignité humaine. Nous estimons que pouvoir bénéficier d’un abri durant la journée pour se protéger des intempéries en fait partie. Sans argent pour s’offrir un café, chassées par les vigiles des supermarchés, il sera pratiquement impossible aux personnes hébergées de s’abriter de la pluie, de se réchauffer en hiver ou simplement d’aller aux toilettes durant la journée. Outre la violation manifeste de ces droits humains fondamentaux, on peut prévoir des rassemblements dans les rues, les halls de gare, les espaces couverts, qui pourraient accroître des tensions avec la population. Les structures du canton destinées aux SDF sont déjà surchargées, il est à craindre qu’elles ne pourront absorber cette nouvelle population.



Ne pas prendre en charge le trajet quotidien Morges – Lausanne, ne leur laisse d’autre choix que voyager sans ticket. Pour assurer leurs besoins fondamentaux, ces hommes n’auront d’autre choix que de commettre des incivilités – resquiller, uriner sur l’espace public… Cela contribuera à dégrader encore davantage l’image des migrants. Mettre des êtres humains dans cette position et multiplier les obstacles à l’obtention de prestations constituent une maltraitance administrative. Il nous désole qu’elle soit assumée au point de frôler le sadisme.



Selon M. Leuba : « Le but est de les convaincre à partir d’elles-mêmes plutôt qu’au travers de mesures de contrainte »[1]. Notre expérience professionnelle quotidienne nous fait fortement douter de ce postulat.



Premièrement, car le système actuel d’hébergement en abri PC avec des structures d’accueil pour la journée est déjà très dur. Pratiquement toutes les personnes hébergées voient leur santé physique et psychique se détériorer, se plaignent du manque de sommeil. Les vols et les violences entre migrants y sont malheureusement fréquents. Si ces conditions ne parviennent pas à « les convaincre à partir d’elles-mêmes », ce nouveau modèle n’aura pas plus d’effet. Car les conditions – comme le reconnaît l’EVAM[2] - seront meilleures : fenêtres et chambres à deux. Cela nous apparaît d’autant plus regrettable que de nombreux migrants - dont certains titulaires d’un permis N - sont actuellement dans l’attente d’un transfert dans des structures hors-sol pour raisons médicales.



Deuxièmement, il nous semble que les contraintes administratives et les conditions de vie imposées aux hommes seuls à l’aide d’urgence ont tendance à les briser, à les inscrire dans une démarche de survie au jour le jour. Cela limite leur capacité à faire des choix réfléchis et à se projeter dans l’avenir, et donc à construire un éventuel projet de retour.



Le mode fonctionnement sleep-in n’a donc d’autre but que de provoquer une souffrance humaine inutile, voire contre-productive. Il accroîtra sensiblement la stigmatisation des migrants et les tensions avec la population. Enfin, il ne permettra aucune économie budgétaire, les coûts de fonctionnement (nourriture en barquette, prise en charge du trajet Lausanne-Morges, blanchissage quotidien des draps…) étant finalement assez lourds.



Nous prions donc l’EVAM, le SPOP et le Conseil d’Etat de faire preuve d’ouverture et de responsabilité et de renoncer à ce projet inutile, incohérent et violant la dignité humaine. Nous demandons que le bâtiment du Tulipier soit dédié à l’hébergement des cas médicaux actuellement logés en abri PC et les hommes seuls à l’aide d’urgence hébergés dans des conditions décentes.


Signée: des employé-e-s de l'EVAM (anonymisé pour la publication en ligne, noms connus)






[1] 24 h du  18.05.2012


[2] ibid


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