Nous soutenons l'occupation de l'église St-Laurent par le Collectif-R afin d'y constituer un refuge contre les renvois de requérant-e-s d'asile débouté.e.s. Stop aux renvois Dublin! Soutenez le refuge et signez le manifeste:

dimanche 18 novembre 2012

Vivre entre colère, espoir et désespoir

Je n'ai jamais pu aller à l'école en Afrique, ma famille n'avait pas l'argent pour m'y envoyer . Comment m'en sortir alors que j'étais analphabète, je ne savais pas lire, je ne savais pas compter, je ne savais pas communiquer. J'ai beaucoup souffert , j'étais en colère, j'ai décidé que mes frères et sœurs n'auraient pas à vivre la même chose. J'ai décidé de trouver un travail. Pleine d'espoir, je suis partie à la ville et... je suis devenue esclave. Menacée, j'ai réussi à m'enfuir. J'ai quitté mon pays en larmes, je ne pouvais plus y rester.
J'ai traversé la Méditerranée dans un caisson... je n'ai pas vu la mer !
J'ai demandé l'asile en Suisse en 2005. J'ai tout raconté à l'audition, je pensais que les autorités d'un pays libre et riche pouvaient m'aider. Je suis devenue une requérante d'asile, puis une déboutée. J'ai beaucoup souffert, j'ai fait des séjours en hôpital psychiatrique, j'ai vécu dans l'angoisse permanente d'un renvoi de force. Je savais que je ne pouvais pas retourner dans mon pays mais ici on ne me voulait pas. Je n'avais nulle part ailleurs où aller. Malgré ma souffrance, j'ai appris à lire, à écrire, à me défendre et à lutter pour ma survie.
Pendant 7 ans, ma vie a basculé du désespoir à l'espoir et de l'espoir au désespoir, pendant toutes ces années j'ai tremblé chaque fois qu'une lettre de Berne m'arrivait. Ma santé s'est dégradée. J'étais dans une situation inhumaine, difficile à vive : sans argent, sans possibilité de travail, avec un papier blanc comme seul papier d'identité. Ma colère contre l'injustice, la solidarité avec d'autres personnes dans la même situation que moi m'ont aidée à survivre .
Finalement j'ai eu un permis F, j'ai tout de suite trouvé un travail. Maintenant j'ai un permis B et je suis heureuse. Je suis indépendante, libre, je peux finalement aider mes frères et sœurs resté.e.s au pays.

Une migrante

Pourquoi autant de souffrance ?
Pourquoi des années perdues enfermée dans des centres ?
Pourquoi ce mépris de la vie d’êtres humains qui demandent protection ?

Stop à la violence d’Etat qui détruit des personnes
13.11.12

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